L’écume d’un somme
L’écume de sa bouche était là pour lui, comme un sablier qui donne le temps – grain par grain, jusqu’au dernier, lequel fait chavirer le balancier, indiquant ainsi la fin d’une tâche, d’une joute ou d’un supplice ; c’est selon.
Goutte à goutte, la salive s’accumulait à l’intérieur de la joue de Paul - celle à jardin ou à cour, selon qu’il dormait sur la tempe gauche ou droite. Puis une fois la joue pleine, ne pouvant plus contenir une seule goutte de plus, c’est en un mince filet clair et direct que le tout sortait de la bouche du dormeur et le portait instantanément hors de sa sieste.
Ce petit bouillon de jus buccal, inconfortable au moment de jaillir, indiquait tout de même à Paul, de façon systématique, que sa sieste venait de prendre fin. Il pouvait s’y fier mieux qu’à une horloge. Ce qui fait que chaque après-midi, il bénéficiait d’un sommeil des plus jubilatoires… sans crainte des réprimandes du patron parce qu’il aurait dépassé le temps alloué à sa pause.
12 minutes top chrono était le temps que prenait le précieux liquide pour remplir l’intérieur de la joue de Paul. Il lui restait donc 180 belles secondes pour contempler le vide, aller uriner et s’étirer avant de poursuivre sa journée de travail.
Coussins de salle de conférence, dessus de table de travail, accoudoir de fauteuil, clavier d’ordinateur, siège de voiture… tous avaient un jour ou l’autre servi de réceptacle aux excédents de rêves du dormeur.
D’un mouvement machinal de l’avant-bras, allant de gauche à droite, pour essuyer sa bouche, Paul reprenait ensuite son boulot, tout détendu, frais et dispo.
Karo du 18 février (conteuse du samedi)
photo prise sur le net…
7 Comments
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J’voulais te dire, ton texte : L’Ecume d’un somme
c’est artistiquement franchement degueulassement grandiose !
Serieux, arriver a artistiquement creer un texte aussi reel et beau avec la bave qui nous sort de la bouche grande ouverte, le visage a moitie ecrabouille sur un coussin ou autre c’est pas mal du grand art ! BRAVO !!
K.
février 21st, 2006 at 2:38 pmK a tout dit je suis tout à fait en accord avec ça bravo! C’est du grand art.
février 22nd, 2006 at 11:47 amDaddy O
Pif
L’Écume d’un homme
Merci Carolinissima de tes commentaires. Savais-tu combien de recevoir des notes comme les tiennes me comble de satisfactions ? Surtout si elles viennent de toi, dont j’ai l’escriture en très haute estime.
Oui, les tulipes et le soleil venaient de toi. Par contre, en lisant ton texte de ce matin, j’ai pompeusement cru que tu avais inséré un clin d’oeil avec ton coup de pif. De là mon premier commentaire de ce matin. Je ne me doutais pas que tu ne l’avais pas encore lu. Tout comme ton texte d’Espagne que j’ai lu qu’après avoir posté mon rythme. Coïncidences. Diapasons.
Vers marins
Mes excédents de rêves me font déborder sur le clavier pour ensuite rayonner vers les marins qui veulent bien écouter ce chant. Le chant des sirènes a toujours été là. Il n’y a que la grâce du moment pour les rendre audibles. Et c’est dans un moment de contemplation que la note charmante envoûte, au moment où le marin s’y attend le moins.
Alors, est-ce la faute de la sirène ou du marin ? Il n’y a jamais eu de faute. Il n’y a que résistances. Heureux celui qui s’est échoué sur tes plages, jolie Tulipe.
C’est toi l’Énigmatique. Les fleurs m’ont toujours échappé par leur apparente simplicité cachant en réalité toute la complexité de la vie. Je ne peux alors que les admirer silencieusement, sans les toucher. Seule ton odeur nous relie.
Contemplatif attendant ta version de notre rencontre, rue Saint-Denis, avec impatience et bonheur.
mai 12th, 2006 at 9:38 pmPaf
Perrasite, … je t’ai lu avec beaucoup de plaisir. Merci … et je trouve cela très … comment dire? Très joueur que cette façon de me renvoyer les choses. Ainsi c’est moi l’énigmatique ahahahha..
En fait, je ne sais pas si tu es conscient du charme qui se dégage de toi, même virtuellement parlant. Les mots semblent être une arme de séduction assez précise chez toi. Et je ne dis pas cela sur un ton péjoratif. Au contraire, c’est une belle force.
Dis-moi donc… je suis à la fois étonnée et touchée que tu dises avoir mon écriture en “haute estime” Y’a quelque chose de mon écriture qui te touche plus particulièrement? On se découvre à peine…
et tant d’affection je reçois comme un cadeau qui me propulse “Heureux celui qui s’est échoué sur tes plages, jolie Tulipe.”
c’est gentil
et pour répéter tes dires… concernant le “pif” et tout et tout, il semble effectivement y avoir “Coïncidences & Diapasons”
Alors… tu veux ma version de la rue St-Denis…
la voici… en lien avec cette autre phrase de toi: Il n’y a que la grâce du moment pour les rendre audibles.
je te l’envoie à l’instant sur un prochain commentaire…
pif-paf-pouf… le charme opère.
mai 13th, 2006 at 5:28 pmPerrasite, tu dois te rendre sur cette nouvelle: http://www.carolinade.com/2006/03/encore-un-brin-de-printemps-pourquoi.html
bonne lecture et ne déraille pas trop
mai 13th, 2006 at 5:30 pmOperrateuse de charme,
Ça va, j’avais déjà déraillé. Tu comprendras en lisant ceci. À ton tour de goûter à mon réchauffé : http://perrasites.blogspot.com/2006/04/je-tue-elle-elle-tao-moi.html
Pour le charme, pas l’arme, c’est comme le chant des sirènes. Il n’y a que concordance des fréquences, à quelque part de précis, à un moment précis. Ici, maintenant. On y voit une arme qu’au moment où l’on se sent vulnérable. Ce qui n’est pas le cas ici, Sophie.
Ce qui me touche de ton écriture ? L’attachement aux détails que tu portes entre autres aux petits gestes sensuels, à la beauté de la coccinelle venant se poser sur ton épaule, tout l’amour qui radie de ton aura, la bonté et la générosité que tu projettes, ton émerveillement devant la beauté, la naïveté savament conservée et préservée des tentations cyniques, l’affection posée sur ta famille, l’attachement porté envers Chaton, lui-même échoué sur tes rivages, pris dans tes filets de soie blanche. Je dois m’arrêter ici. Comme tu le dis, on se découvre en peine.
Il n’y a pas de force, ni de faiblesse. Que l’acceptation de se laisser transpercer des ces rayons de soleil.
Docteur, que ferez-vous de ma pompe ? Vous l’avez dans votre main déjà. Quels sont ces yeux pour lesquels j’éprouve tant d’appréhensions ? Vos sourcis allumés et votre regard perçant me rendent invisible, nu. Cela ne me gêne pas. Mais que ferez-vous de mon coeur ? Votre main ne tremble pas. C’est déjà ça.
Exigeant je suis. Un plat original en guise de réponse à “Elle tao moi” ou à “Odeurs rue Saint-Denis” serait apprécié. Vélos et ou Sophie acceptés.
Anesthésiste, ne me réveillez pas à la fin de cette opération que le songe se poursuive.
mai 13th, 2006 at 10:16 pmPerrasite- Brillante, touchante, humoristique et invitante réponse.
mai 14th, 2006 at 9:35 am…
wow…
merci.