Le miel de vie
Voici ma participation au thème littéraire imposé cette semaine sur le site Coïtus Impromptus. Je vous glisse également ce portrait de mignonne marmotte, qui représente mon signe astrologique amérindien. C’est moi qui devrait donc vous aviser par mon ombre, lorsque le beau temps sera arrivé pour de bon. Pouahahhaha. Sans plus de folies du jeudi, 16h49 pm, bonne lecture très chers amis! Ps: truc pour ceux qui comme moi, sont de temps à autres, épuisés de lire à l’écran. Imprimez ce texte, de préférence sur du papier recyclé et lisez-le dans votre lieu favori (lit, divan, toilette, salle d’attente du médecin…)
Mais pour le moment, il fait encore frette au Québec. Alors oui, je voudrais bien déjà pouvoir en ressentir le parfum de ce miel de vie dont fait objet le
coïtus de la semaine. Et j’ai très hâte d’ailleurs. Je m’impatiente. Mais voyez-vous, ici, le mercure oscille encore par instants entre les –5 à –10 degrés Celsius.En attendant donc, les premiers bourgeons du printemps à venir, c’est par une petite visite de mes anciens printemps que je me prêterai à votre Impromptus exercice. Ainsi, je vais vous parler de ma voisine de 66 ans. Touchante femme, s’il en est une, elle porte un double prénom de fleur et de vierge. Marie-Rose qu’elle s’appelle. Et pourtant…
Marie-Rose ne ressentait plus le printemps s’égayer en elle, cela depuis des lunes. À l’intérieur, elle était sèche comme le désert. Plus sèche peut-être encore; sèche comme un fond de verre de lait caillé, impur. Puis du jour au lendemain, alors qu’elle n’attendait plus rien de la vie, sa source intérieure s’éveilla à nouveau. Et c’est là qu’elle vint me voir, car elle avait perçu en moi, l’âme d’une thérapeute. De mon côté, je me disais que ces échanges hebdomadaires, qui duraient depuis maintenant 2 ans et chaque fois autour d’un bon café, ne pouvaient que nous faire du bien à toutes les deux –moi la vieille âme au cœur ouvert qui apprend de l’expérience des autres et elle, la mère, l’enseignante, la bénévole, bref : la superwoman. En ma demeure, elle avait trouvé un espace où exister ailleurs que dans ses costumes et ses personnages encombrants, tandis que moi je me délectais d’une relation authentique, au-delà des conventions sociales.
Marie-Rose était veuve depuis 8 ans. Ce qui expliquait son état de décomposition intérieure avancée. Je m’en souviens comme si c’était hier tant ce partage fût riche. 21 mars 2003. Ce jour-là, les confidences commencèrent abruptement :
« Le bas de mon ventre s’anime à la vue des hom… »
Elle n’avait pas osé prononcer ce mot, trop gênée, voir même honteuse, après tout ce temps enfermée dans les souvenirs de son défunt mari. « Mais comment cela se peut-il donc ? Les docteurs m’avaient pourtant déclarée ménopausée? »
On pouvait voir dans les grands yeux de Marie-Rose, à la fois de la joie et de la peur face à cette soudaine crue de ses eaux intérieures; IMMENSES –crue d’eaux qu’elle tentait, depuis déjà quelques mois, de retenir derrière sa neutre façade de superwoman souriante.
Quelques années plus tôt, Marie-Rose était allée voir les médecins pour son problème de sécheresse généralisée. Ainsi, espérait-elle, de contre-expertises en contre-expertise, se rassurer sur une situation qu’elle voulait passagère. Mais, rien à faire. Tous les médecins de la ville, sans exception, en étaient venus à cette même conclusion: femme à remiser. Certains médecins, plus cruels, désabusés et imbus de leur statut, avaient même été jusqu’à inscrire sur la prescription: vieille à mettre au rancart. Ce verdict s’abattait alors sur les 54 ans de la dame, comme une tempête de neige en plein mois de juillet –imprévisible, glacial, austère.
« Morte. J’étais morte. J’allais désormais ne vivre qu’une seule saison; l’hiver. Fini mes pimpants ovaires du printemps à la vue de masculins fessiers. » Rire timide, Marie-Rose n’ose toujours pas prononcer ce qui qualifie le sexe opposé sans en devenir rouge de honte. « Je m’étais faite à cette idée de morte vivante. Je commençais presqu’à aimer cette abstinence forcée par la nature. Et me voilà maintenant complètement déboussolée. Je ne sais qu’en faire. »
Après ce long hiver qui avait duré 9 ans, la veuve figée dans la glace de son deuil avec pour seul goût en bouche; le sommeil, pour seule idée fixe; hiberner jusqu’à la mort, était effectivement tout à l’envers face à cette saison du renouveau 2003 qui en elle jaillissait de mille feux.
« J’avais oublié combien il est bon que cet état bourgeonnant … ma terre que je croyais à tout jamais aride s’éveille. Je suis confuse devant toutes ses émotions contradictoires. Ce qui me fait terriblement souffrir.»
Mais comment est-ce possible, se demanda-t-elle encore durant tout l’après-midi que dura notre échange ? Ayant pourtant maintes et maintes fois quémandé un tel amour à l’univers, il n’était pas aussitôt arrivé que le doute en la veuve se présentait –armé jusqu’aux dents. Devant ses sens en émoi –désormais incontrôlables– elle avait très peur des suites de cette recrue d’essence. Car Marie-Rose s’éveillait effectivement, après 9 longues années de veuvage. Tel un érable au printemps, son essence voulait aromatiser à nouveau le monde autour. Mais elle y résistait très durement.
Et c’est là que je l’invitai à goûter à la vie qui vibrait en elle, comme le sirop d’érable qui, en laissant un goût de sucre sur les papilles, offre à l’âme un baume réconfortant. « Enfin, un goût de sucre après toutes ses amères épreuves, ça ne se refuse pas, que je lui disais pour la rassurer un peu. Toi qui dis aimer le plaisir, il est temps de t’y adonner ma chère Marie-Rose. La sève coule dans ton bas ventre. En une danse hormonale, tu redécouvres toute ta féminité, toute ta créativité que tu croyais à tout jamais évanouie. Tu ne vas quand même pas éteindre ta source de vie aussitôt allumée! Il est plus que temps que tu te célèbres, que tu te libères… Marie-Rose, réalises-tu qu’il pleut des gouttes de vie qui jaillissent de l’Être cher que tu es…? Vas-y retrouver cet homme qui chavire ainsi ton cœur depuis quelques mois déjà, et qui a permis à ce que la vie reprenne en toi. C’est ton mari qui de là-haut te l’envoie. »
Ainsi nous poursuivîmes l’échange durant quelques heures. Nous pleurâmes, nous rîmes et ensemble de cette façon, avons célébré. La VIE venait une fois de plus nous offrir ce qu’elle a de meilleur; l’Espoir ressuscitant –alors qu’on avait cessé d’y croire.
Hier, 21 mars 2006, j’ai revu Marie-Rose. Je ne la vois pas aussi souvent qu’avant. Il faut bien que la dame rattrape le temps perdu, si vous voyez ce que je veux dire. Mais toujours est-il, qu’hier donc, je l’ai revue. Elle s’apprêtait à célébrer, non seulement ses 66 printemps de vie sur Terre, mais aussi, ses 3 ans d’amour avec celui qu’elle appelle désormais : le nouvel homme de sa vie.
Karo du 23 mars (à nouveau cette semaine portée par l’Espoir. Ou peut-être est-ce en dépit de lui, voir même en désespoir de cause et dans l’attente du printemps, que ce thème surgit spontannément de mon ventre?)
14 Comments
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et bien voila une tres belle histoire, bravo pour l’avoir traitee avec autant de sagesse et de pudeur. Un texte qui remettrait du baume et de l’espoir au coeur de beaucoup de personnes…
mars 23rd, 2006 at 5:27 pmps. : tiens, j’ai appris quelque chose
!
mars 23rd, 2006 at 5:35 pm“il fait encore -frette- au Québec”
Karo… si tout les désespérés, poqués et anges endormis de la terre et d’ailleur pouvaient lire tes lignes, sincèrement je pense qu’ils pourraient avoir une soudaine envie de s’éveiller à toutes ces petites douceurs (comme le sirop) qui font qu’exister est si merveilleux !!
mars 23rd, 2006 at 7:17 pmMerci !
xxx (peut-être contagieux mais amoureux c’est certains !!)
K
Imprimé, lu (dégusté)dans mon lit et…je confirme outre tes talents d’écrivain, ceux de ton âme de “thérapeute”…parce que pour écire aussi bien la vie il faut la ressentir et l’éprouver profondément…
J’attends que la petite marmotte vienne annoncer le vrai début du printemps,où peut on le mieux la surprendre?:)
J’ai bien une petite idée mais…
mars 23rd, 2006 at 7:26 pmMerci Karo, magicienne des mots, qui sait toujours nous transmettre des émotions particulières, tellement fortes qu’elles dépassent cet océan qui nous sépare… au point que finalement, par la magie du net cette fois-ci, nous ne sommes plus jamais vraiment très loin les uns des autres, et de toi Karo
mars 23rd, 2006 at 9:24 pmL’espoir…j’avais besoin d’ y toucher ce soir Caro. Sentiment qui m’a littéralement rentrée dedans.
mars 23rd, 2006 at 9:30 pmMerci mignonne petite marmotte amérindienne…pour ta prescription du jour.
Quelle belle histoire mon amie! Je suis profondément touchée…
mars 24th, 2006 at 4:33 amMerci!!!
F
C’est effectivement une nouvelle remplie d’émotion. Une histoire qui traite bien les états d’âmes de certains Baby Boomer.
Félicitation !
xxx
PS Bonne idée Céline, je vais la relire en format papier comme toi.
Sebastien (Chaton) Côté
mars 24th, 2006 at 9:39 amBonjour Caro ma belle petite, et gentille fille qui veut sauver le monde, que dis-je? La terre entière! Je suis tout ému de cette belle histoire. Comme c’est beau et en, même temps très triste. Pauvre Marie-Rose, qui a perdu toute ces belles années à ce morfondre. A cause sans doute de l’éducation qu’elle a reçue, l’éducation du pas permis. Heureusement pour moi mon éducatrice maternelle, pour des raisons que j’ignore n’étais pas de ceux là. Ceux qui se cachent la tête dans le sable lorsque vient le temps de parler de sexe. A toute événement grâce à dieu Marie-Rose s’est trouvée sur ton chemin car son ange lui a surement soufflé à l’oreille, regarde va voir ta voisine parce que moi je n’en peux plus de te voir souffrir. Ta voisine qui a à cœur l’être humain et la vie, a entrepris de sauvé le monde alors va la voir, elle te prendra en mains et tu verras tout va aller pour le mieux.
J’ai bien aimé ton histoire sans compter ton texte et tes tournures de phrases mielleuses. Comme tu écris bien! En te lisant j’ai l’impression de voir un filme se dérouler devant moi. (Évidemment j’ai versé quelques larmes. Car en vieillissant je n’ai plus la couine aussi dure. Ha! Ha!) Je suis fière de ce que tu es de ce que tu fais pour tes semblables.
Papa qui t’aime toujours très fort. xoxoxo
mars 24th, 2006 at 11:51 amWow, encore Wow et rewow!
Message à vous TOUS: Continuez de me porter de la sorte et vous en aurez pour longtemps encore, de mes textes. De mes textes que j’aime à composer. Qui sont essentiels à mon équilibre. Mes textes qui prennent leur sens, alors que je vous les partage.
Vraiment, encore ici, merci de prendre le temps de m’envoyer vos impressions, vos réflexions, vos commentaires, émotions, états d’âmes, suite à la lecture de mes écrits.
Merci amis, bloggers, cousins, parents.
Et un merci tout particulier à mon Papa. À ce sujet, j’ai une amie psychologue qui est en train d’écrire un livre sur la relation au père. Comme quoi la relation qu’on a eu -ou pas eu avec son père, marque notre vie de femme adulte. Enfin, c’est très grossièrement résumé tout ça mais lorsque le bouquin sera sorti, je vous en reparlerai. Car ça sera un must dans votre bibliothèque.
Donc, tout ça pour dire: merci Papa de ton réel intérêt à ce que je suis et à ce que je fais. Merci de m’encourager sincèrement et fièrement. Merci de me partager tes émotions, tes réflexions. Je me sens grandie comme femme et artiste, grâce à ta présence généreuse. Ps: merci aussi à maman, plus secrète, laquelle je sens pourtant présente à tes côtés, chaque fois que tu m’écris un mot
:):)ou presque.
tendrement,
mars 24th, 2006 at 3:09 pmKaro
avant d’écrire le mien j’ai lu tous les votres .
je n’ai rien à rajouter Caro sur ce qui vient d’être écrit.tu as vraiment un talent d’écrivaine.
Mon coeur saigne à chaque fois qu’intervient la présence de ton père. C’est vrai, et je ne veux pas tomber dans le pathologique. Le père est le ciment dans la vie d’une petite fille en devenir et le soutient inconditionnel de la femme que tu es….
mars 25th, 2006 at 4:59 amJe m’émeus de cet échange de tendresse et de mots partagés.
De mon côté, Je continue d’avancer avec des béquilles.
affectueuesement,
OO”
Meme quand tu nous réponds via les commentaires, et bien… tu nous gates et nous émeus, brave et généreuse Caro ! Merci pour tes mots. seB
mars 25th, 2006 at 11:03 amAh oui…Le thème de la relation au père est très intéressant, en effet essentiel dans la construction de la personnalité d’une femme (d’un homme aussi évidemment, mais toujours l’éternel oedipe..la fille et son père…).
J’en profite pour rajouter à l’intention de ceux que tes mots touchent et qui semblent ressentir une souffrance face à la chance que tu as en effet,qu’une relation qui ne se serait pas forcément bien passée ne signifie pas trajectoire ratée, car la vie est intelligente, elle sait prendre ce qu’il faut, laisser le reste de côté et composer.
Mais il y aura bien des choses à dire en effet
Bonjour à Daddy O c’est celà?;)
(il me semble qu’il s’est adresssé à nous,bloggers ,visiteurs, un peu plus bas.)
mars 25th, 2006 at 2:21 pmCéline tout à fait d’accord avec toi… la vie, intelligente. Et je crois aussi que nous pouvons, tout au long de notre parcours, trouver des parents spirituels. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une famille d’amour et saine d’esprit… s’ils sont ouverts au présent, la vie leur enverra des amitiés pour compléter, combler, enrichir…
à suivre. Je dois partir travailler.
mars 27th, 2006 at 10:00 am