Dialogue sans fond… juste pour la forme

Dialogue juste pour dire.
Variation sur un thème.

Scène 1 - prise 1
À la commune et inévitable question –quand deux personnes se rencontrent, qu’ils ne se connaissent pas ou que ça fait plus d’un mois qu’ils ne se sont pas parlé :

-Qu’est-ce que fais dans la vie?

-Hum… bonne question. Tu as quelques heures devant toi? Parce que pour te dire franchement, plus je vieillis et plus je me rends compte que la terre promise, bien rangée (mariage, enfants, boulot, métro, dodo, vodka 7Up ou bière du week-end) y’a pas que ça eh! Parce que plus je grandis en dedans et plus je me rends compte que je ne sais pas… ou plutôt, que c’est très grand tout ça. Alors t’as quelques heures devant toi? Tu veux vraiment savoir qui je suis, ce que je fais?

-Oui mais là… je veux juste savoir ce que tu fais ces temps-ci?

-Ces temps-ci….?

-Oui ces temps-ci.

-Et bien ces temps-ci… laisse-moi voir… car y’a tellement de choses qui m’habitent et que je fais, mais si tu n’en veux qu’une et bien je peux te dire que je lis.

-Ah bon… à part ça?

-À part ça… hum… donc tu ne veux pas vraiment savoir… au fait, tu veux un survol rapide et banal de mes activités si je comprends bien n’est-ce pas? Tu veux un survol rapide et banal juste pour ne pas sentir le silence qui, entre nous deux, parle. Et le détail de mes lectures, ou plutôt, l’émoi dans lequel chaque lecture me transporte, ça ne te dis pas de le savoir? Me connaître sous cet angle, ne serait-il pas plus riche que ce banal balayage de surface : lecture, travail, dodo, gym, musique? Tiens ça te va? Tu as eu ton résumé… et maintenant, on fait quoi?

-Ben j’sais pas. J’voulais juste savoir comme ça.

-Et bien juste comme ça… c’est ça, comme je te dis… (silence glacial) Tu sembles dépourvu?

-Ben oui euh… c’est que je ne m’attendais pas à ça.

-Tu regrettes maintenant ta question n’est-ce pas?

-…Un peu si.

-Ben, je t’avais prévenu eh. Je t’avais dis : tu as quelques heures devant toi? Parce que moi, causer pour causer ça m’emmerde. Causer pour causer, ça me rend creux et vide. Et tu vois, vu que je n’ai pas de temps à perdre en surface… la vie est trop belle pour la gaspiller… et bien j’aime aller aussitôt au cœur des choses et pour les bonnes raisons. Si c’est seulement pour ne pas sentir le silence qui s’est glissé entre nous deux… parce que le silence, tu ne peux pas le supporter et ben moi tu vois, ça ne m’arrange pas. Je préfère cent mille fois le silence inconfortable aux discussions sans autre but que de camoufler notre malaise relié au silence.

**********************

Et vous, amis, bloggers, connaissances… aimez-vous ça être pris de court devant cette question: Pis, quoi de neuf? Qu'est-ce que tu fais de bon? Y'a t-il des endroits ou des situations où vous auriez préféré ne pas être aperçu par cette connaissance que vous n'avez pas revue depuis un bail? Par exemple, tandis que vous êtes à l'épicerie -vos 4 enfants sous le bras, ou encore en train d'acheter un vibrateur pour votre homme. Imaginez; votre première fois à vie dans un sexe shop et vous tombez par hasard nez à nez avec votre coup de foudre de jeunesse. Que répondez-vous de façon générale? Et que rêveriez-vous de répondre si vous aviez l'audace d'une franche réponse? Vous est-il déjà arrivé d'éviter la dite personne… tout simplement parce que ça ne vous tente pas de converser banalement?

Scène 1 - variante 2, à suivre…
bon lundi à tous.
Karo du 10 avril, pour le plaisir de se prêter au jeu

9 Comments

  1. théo

    Ce “dialogue” m’a fait beaucoup rire. Tu es.. très lucide.
    Mais je préfére une bonne discussion, même superficielle, à un silence où les deux croient être sur la même longueur d’onde. Tu sais, ceux qui disent “nous on est tellement proches qu’on se comprend sans parler”. A tort ou à raison, je crois que c’est un leurre.
    Et pour répondre à l’une de tes questions, je crois que lorsqu’on apprécie vraiment quelqu’un on peut “aussi” avoir envie de parler avec lui/elle de n’importe quoi. Au nom de la légèreté de l’être. Ce sont les conversations d’ascenseur (comme on dit en France) qui sont chiantes. Mais qui peut y échapper ?
    Théo de Lyon.

  2. Stel

    Alors tu veux rigoler Caro? Ta question m’a tellement fait rire.. rire et rire et je ris encore.
    Ah ben là…c’est drôle.
    Quoi de neuf dans ta vie…qu’est-ce que tu fais de bon?
    Question que je connais et qui me fait presque mourir…..de rire!!!!!
    Tu veux un survol rapide et banal de mes activités…hahahahahahahah. Trop drôle.

    J’adore ton texte. Il est à point dans mon coin…et voici comment je répondrais à cette question dans un sexe shop nez à nez avec mon coup de foudre de jeunesse: j’achète un vibrateur pour mon homme dans quelques secondes et toi?
    L’ici-maintenant…ya baby! C’est là…toute suite que ça ce passe ma vie.
    xx

  3. Céline Perret

    Olah…que cette question me parle…

    Au moment présent, je suis vidée et un peu crevée de ma semaine à paris, mais je dirais que cette question là,devient une montagne parfois, lorsqu’il faut expliquer, justifier l’inaction ou la méditattion, (choses très différentes) ou encore les passages à vide …

    En fait, je pense qu la réponse à ce genre de question(quoi de neuf?que fais tu de bon?) ne peut être comprise que par ceux qui sont à l’écoute de la vie, enfin bref, j’ai du mal à développer ce soir, je voulais juste dire que le silence est en effet parfois préfréable aux discussions dans le vide ,parler pour meubler n’a jamais rien de passionnant …

  4. Anonymous

    -Qu’est-ce que fais dans la vie?

    -Hum… bonne question. Tu as quelques heures devant toi?
    Parce que pour te dire franchement, plus je vieillis et plus je me rends compte que la terre promise, bien rangée (mariage, enfants, boulot, métro, dodo, vodka 7Up ou bière du week-end) y’a pas que ça eh!
    Parce que plus je grandis en dedans et plus je me rends compte que je ne sais pas…
    ou plutôt, que c’est très grand tout ça.
    Alors t’as quelques heures devant toi? Tu veux vraiment savoir qui je suis, ce que je fais?

    -Oui mais là… je veux juste savoir ce que tu fais ces temps-ci?

    -Ces temps-ci….?

    -Oui ces temps-ci.

    -Et bien ces temps-ci… laisse-moi voir… car y’a tellement de choses qui m’habitent et que je fais, mais si tu n’en veux qu’une et bien je peux te dire que je lis.

    -Ah bon… tu lis quoi?

    Et là on est parti pour quelques heures ….

    K

  5. Caroline

    THÉO de Lyon– à nouveau j’apprécie franchement ton point de vue. Et tant mieux si ce dialogue t’a bien fait rire… vous semblez d’ailleurs tous d’accord sur ce point; le dialogue fût un bon divertissement. Et si je peux préciser ma pensée… moi je parlais surtout d’un silence de malaise où les deux parties ne sont donc pas sur la même longueur d’onde, comme tu écris. Je préfère souvent ce malaise silencieux à une discussion qui ne fait rien d’autre que camoufler le malaise. Dans quelle discussion, l’autre ne veut pas vraiment savoir comment tu vas ou ce que tu fais finalement. Il veut juste survivre à son malaise vécu en lien avec le silence. Alors il n’écoute pas vraiment. Mais ceux qui sont au contraire, constamment dans le silence car comme tu dis : « se comprennent sans se parler » ça ne doit pas être plus intéressant non plus et on a beau être sur la même longeur d’onde, je crois aussi que de se parler avec des mots est aussi essentiel…

    Aussi, j’aime la légèreté de l’ÊTRE, surtout lorsqu’elle se vit avec quelqu’un avec qui j’ai déjà aussi eu des conversations moins légères… Je crois également, comme tu dis, qu’on peut parler de n’importe quoi avec quelqu’un qu’on apprécie. Et justement, on parle de parler… pas de remplir un malaise de banalités sans nom… ahahhahaha!!!
    Quoi que parfois, ça commence avec du remplissage de malaise et que ça se termine par des légèretés ou des gravités; belles dans les deux cas. Alors morale de cette histoire : restons ouverts… mais ayons quand même le choix de se cacher si on rencontre une vieille connaissance insipide à l’épicerie, à qui on n’a pas envie de parler. Pour l’ascenseur, ben là, on est coincé n’est-ce pas!

    Silence ou discussion qu’importe du moment que ça a de la vie … j’aime bien les voir habités.

    STEL – tu es de plus en plus folle et juste à point. Si moi je t’ai fait rire… et toi donc!!! ahahahah je t’imaginais avec ton vibrateur dans les mains, en train de dire full spontanément, nez à nez avec ton coup de foudre d’antan. Pouahahahahhahaha!!! Merci pour ce délice « ici et maintenant » chère amour. Yes! Ici et maintenant… que je t’aime avec ton ressenti tout vivant.

    CÉLINE – bon retour. Heureuse de te retrouver, même avec ta pensée que tu dis avoir du mal à développer. Je constate qu’on parle encore le même langage toi et moi. Et tes mots résonnent chez moi : « parler pour meubler n’a jamais rien de passionnant … » voilà qui résume bien. Ici et là, quand on rencontre de vieux oncles, ça va… mais je ne pourrais m’y adonner tous les jours, j’en mourrais d’ennuie. Et tu touches juste quand tu dis que ça devient parfois une montagne quand il faut justifier, expliquer etc. Désormais, lorsque mes antennes flairent la bêtise humaine, je m’invente un personnage et je résume. C’est moins pénible ainsi. Je développerai sur ce dans une suite prochaine des réponses possibles à la fameuse question. Merci  J’ai hâte d’avoir des détails, beaux ou laids, crevants ou enivrants, sur ta semaine à Paris.

    K – Marvelous! Je te parle en anglais, je ne sais pas pourquoi!!!
    Mais ça reste, marvelous… plus je te lisais et plus je me demandais ce que tu allais écrire de nouveau après avoir copié mot pour mot, une partie de mon texte. Ce fût à la fois la surprise, la rigolade et le goût d’en savoir plus sur tes lectures.

    À TOUS : comme une de mes excellentes amies dirait si bien. La question à poser n’est peut-être alors pas : qu’est-ce que tu fais de bon, comment vas-tu? Mais plutôt : comment te sens-tu ces jours-ci?

  6. Anonymous

    Et Beau Dommage répondrait :
    ” J’me sens loin mais j’me sens ben … ”
    J’ai hâte de te faire un câlin !
    Bientôt…
    XOX
    K

  7. Anonymous

    après en avoir eu ras le bol de cette question banale et creuse je me suis mise à regarder droit dans les yeux de mon interlocuteur pour sonder son âme et qu’il se sente touché… ; après quelques secondes de silence, je me sens très calme , je réponds…c’est lui qui doit se sentir gêné , pas moi.
    en fait j’évite de poser cette question
    OO”

  8. Caroline

    Touché!!! OO!!!

  9. Caroline

    K- j’ai hâte aussi :)



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