Pour mieux laisser ce texte entrer dans votre cœur, c’est aussi facile que cela; changez le rêve d’écrivain pour le rêve de votre choix… Rêve de devenir astronaute Rêve d’aller aider les enfants du tiers-monde Rêve de rester à la maison pour voir grandir ses enfants Rêve d’une retraite en Floride Rêve d’une maison en campagne Rêve d’être pompier Rêve d’être danseur Rêve de rencontrer le pape Rêve d’une relation plus harmonieuse avec sa famille Rêve de sauter en parachute Rêve de partager ses loisirs en communion avec un cheval Rêve d’un grand lac où passer tous ces étés à pêcher… Rêve de devenir médecin rêve d'une forêt consciente rêve de fonder une famille rêve d'étudier les pissenlits (ahhah) rêve, rêve, rêve… matérialise-toi! Etc… Qu’importe votre rêve, puisse ma nouvelle ci-jointe vous inspirer en cela : réaliser le désir profond de votre cœur. Sinon, puisse-t-elle simplement vous faire du bien à recevoir. Suggestion de lecture pour mieux recevoir: imprimez et lisez à tête reposée dans votre endroit préféré.
Mine de rien…
nouvelle (autofiction)
avril 2004
Le cadran de la chambre à coucher indique clairement 3h03 am. « Tient, quelle drôle de coïncidence, c’est l’heure à laquelle je suis née il y a de cela 29 ans déjà » pense notre héroïne -encore méconnue- qui tourne et retourne dans son lit. Elle voudrait bien y voir là une synchronicité, un message que lui envoie la vie pour l’aider dans sa quête. Mais avec si peu de foi, elle laisse s’évanouir l’idée aussi vite qu’elle est venue, préférant s’acharner sur ses presque 30 ans et l’image démesurée des rides qu’elle s’en fait.
Elle est là qu’elle ne dort pas, son corps la fatigue tandis que son esprit ne cesse de lui susurrer des poésies dignes des plus grands best sellers universels. Mais elle reste là, couchée, à écouter sa propre voix qui tout à coup raconte la vie, d’une façon si belle et si sublime. Elle pourrait se servir de ce nouvel élan de lucidité pour écrire ses pensées… mais elle reste là, inerte, tandis que les mots défilent dans sa tête.
Puis il y a deux petites souris blanches, celles de la maîtresse insomniaque. La maîtresse insomniaque, c’est elle, celle qui ne dort pas à 3h03 du matin et qui rêve d’écrire de grands chefs d’œuvre pour l’humanité. Les deux souris noctambulent bruyamment et tournent toute la nuit dans une roue sans fin, une roue tapageuse qui gueule à chaque coup de patte qu’elles donnent pour maintenir la cadence. C’était pourtant indiqué : « roue silencieuse » sur le boîtier au moment de l’achat ? Enfin bref, comme quoi tout est éphémère en ce bas monde, même les garanties sur les articles de consommation. Surtout, les garanties sur les articles de consommation.
Toujours est-il que la grande auteure en devenir, insomniaque ce soir là, entend les deux souris avec cette impression d’un concert rock aliénant pour ses pauvres oreilles. Les sens de madame sont pesants. Elle est éreintée. Ses jambes piquent. Son nez aussi. Elle ne parvient plus à distinguer le sommeil, tandis que lui, « mOnsieur », l’homme qui partage la vie de madame, à ses côtés s’y trouve bercé depuis un bon moment déjà. 45 minutes. Environ. Gisant dans un doux et somptueux sommeil, sommeil lancé par une pénétration qu’il vient de faire à madame il y a 45 minutes. Environ. Monsieur respire les vapes du bien-être de sa pénétration. Il dort bon sang de merde ! N’en faisons pas tout un plat, il dort ! Il fait chier mais il dort ! Tout de même. Ça en prend qui dorment vous savez, pour la forme le lendemain au boulot.
Elle, toujours en poigne avec les mots qui se succèdent puissamment dans sa tête, cela sans commande de son cortex cérébral –pour une fois qu’il ne commande pas celui-là! Tout est : geste, signe, appel, pour la faire se lever et coucher sur papier les mots qui ne cessent de caresser sa membrane limbique, nouvellement endimanchée de littérature. Puis c’est ainsi que notre héroïne en devenir engage un combat ultime entre son cœur et sa raison, à savoir si elle laissera les mots mourir dans sa tête ou pas. À savoir si elle se lèvera ou continuera plutôt de dilapider son énergie à tourner dans sa tête et dans son lit. -« Tu pourrais te lever et immortaliser le flux de ton âme » qu’elle se dit… continuant de se gratter le nez et de bouger les jambes dans l’espoir qu’elles se calment de leur lourdeur. -« Ah ! Allez, endors-toi !!! » -« Non ! Lève-toi. Qu’importe l’heure, même si la nuit c’est généralement fait pour dormir. Allez profites-en, c’est le temps là ! Tu rêvais d’inspiration et bien elle est venue à toi alors laisse faire tes théories bidons de : « la nuit c’est fait pour dormir » et vas-y, décarcasses-toi. Tu voulais écrire et bien ton subconscient s’est mis en œuvre pour… Allez hop ! Bondit, hors du lit et à ton écran !!! »
Elle se lève, finalement ! Son visage est tout bouffi, comme bouffé par la vie, par la vie des autres surtout. Car elle dit « oui » tout le temps et à tout le monde et que tout le monde lui redemandent tout le temps et sans cesse ses services. « Dépanneuse professionnelle en tous genres » pourrait être indiqué sur sa carte d’affaires, que personne ne s’en plaindrait ! Même pas elle. Surtout pas elle, l’air comprimé dans son sourire forcé, dans ses joues gonflées de panique, Bouffi dit oui tout le temps et à tout le monde.
Vous savez, ces gens qui se laissent picorer vivant par les besoins, crises et sentiments d’autrui… ils ont l’air si prisonniers, comme envahies, accaparée, apeurés par la vie. C’est parce qu’ils passent leur temps à s’occuper du temps des autres. Et qu’ainsi ils se font avaler tout rond par les problèmes, caprices et désirs des autres. Bouffi-Bouffée, c’est ça son problème à elle ! C’est en majeure partie pourquoi elle fait de l’insomnie. Parce qu’elle est trop occupée…, par la vie des autres. Il est vrai que de belles joues saillantes, c’est invitant.
Je vous le dis, Bouffi, bouffée, une proie de choix; comme carcasse au soleil, attendant de ses restes—après le passage des vautours, nombreux qu’ils ont été à tournoyer au dessus d’elle, à se la prendre, la déchiqueter, la déguster- non, pas ça. On n’aurait pas pris le temps de déguster Mme. Bouffi-bouffée. Son visage appelle plutôt à l’engloutissement- engloutir. Voilà qui est mieux. — je disais donc, que c’est ça son problème à elle. Bouffi se laisse littéralement bouffer, comme carcasse au soleil, attendant de ses restes, que les bestioles microscopiques— mais non moins affolantes— viennent l’achever.
Ce n’est pas qu’elle ait pour mission d’être la nourriture d’autrui, la pauvre Bouffi-bouffée. Mais en attendant de retrouver le chemin, SON chemin à elle, plein de promesses et de liberté, Mme Bouffi porte le poids du monde sur son dos, croyant ainsi s’alléger— oui je sais c’est complètement insensé, porter un poids pour s’alléger mais ça, c’est elle !— croyant ainsi s’alléger, dis-je donc, de la culpabilité de n’être rien en ce monde de paraître. Ainsi elle se croit utile et pratique à la vie des autres qui, sans ces incommensurables services rendus à tous et chacun, lui diraient : « Que fais-tu de ta vie Bouffi? Tu es lâche et sans statut. »
Du moins, c’est ce qu’elle croit qu’on lui dirait. Au fond, elle ne le sait pas vraiment ce que les autres pensent d’elle, elle n’a jamais osé demander. N’ose surtout pas alors se mettre en route vers son chemin des promesses. Ayant une trouille monstre et inconsciente, trop profonde pour y voir clair, son visage préfère se taire devant sa grandeur d’âme …préfère se terrer loin des regards inquisiteurs dont elle a peur. Ainsi donc, elle fait comme tout le monde, elle PARAÎT. Tenant son sourire dans ses doigts pour éviter qu’il ne tombe, puis continu de rendre service de toutes les façons possibles, en attendant… En attendant, son visage, bouffi, bouffé par la vie, par la vie des autres, continu de s’affaisser. Bientôt, si elle ne bouge pas de là, de sa carcasse il ne restera que l’empreinte des autres.
Mais c’est ainsi que par cette nuit là d’insomnie, Bouffi fini par se lever, couchant sur papier sa poésie que voici :
Cavalerie attaque !!!
C’est la famine
Tout le monde se rue
Court, se pousse, survit…
Sauvagerie.
Combats nobles d’apparence
Mais dessous indignes et hypocrites :
Bouffe, vin, noblesse, château, ROI.
ROOOI ?
Votre altesse
Me blesse
De sa paresse
De sa mollesse
De ses bassesses
Looooooongue traînée traîneuse de tissus royaux,
de tissus haineux
Poudre aux yeux !
Fla, fla
Tambours
Trompettes
Combats épiques se poursuivent pour maintenir l’entropie du ROI T
andis que la famine au village sévit
Le peuple est en souffrance
Et au château, on continu la fête
La fête sombre
C’est la grande noirceur
Qui jette la mort sur le vivant
Elle avance dans la nuit
Dans la nuit noire, et souffle sans vie
Mais une portion, une parcelle
Une parcelle d’étincelle s’anime dans le village pillé
S’élève dans le village souillé
Une étincelle humaine qui grandit
Et déploie ses ailes
C’est le plus jeune du peuple,
l’enfant naturel
La fête triste au château, retenti de plus belle
Pour taire l’étincelle
Mais l’enfant vivant, l’âme du peuple
Prend son épée et se redresse
Pour mener le bon combat
Celui du courage.
Et au bout de lui-même il va
Contre vents et détresses
Contre rois boiteux
Et infâmes malheureux
L’enfant du vent
À la recherche d’une semence d’espoir
Il s’aime et sème la vie sur son passage
Il se nomme SOI
Puis c’est là, juste là, dans cette attention portée sur son tréfonds, que le visage de Bouffi se dégonfla, se décrispa de tous ses tracas. Elle retourna se coucher auprès de l’être aimé, avec ce sentiment profond que tout lui était désormais possible et permis, qu’elle pouvait et devait vivre sa vie comme elle l’entendait, pour ainsi véritablement être utile auprès des autres. Le concert des souris, tout à l’heure ahurissant dans la roue tapageuse, lui paru soudainement doux comme le chant d’une berceuse… au son de laquelle notre héroïne s’endormie.
Karo du 27 mai (heureuse de vous partager cette nouvelle écrite en 2004)
crédit photo: trèfles de ma cour