Il était une fois…
La promenade, ma 2e de la saison, commence plutôt abruptement.
En partant, une pente à monter.
Le cœur m’en sort de la poitrine.
Je haïs entamer ainsi le chemin, moi qui ne suis pas très « cardio », surtout après l’hiver passé en mode marmotte…
Nous n’avons qu’environ 2 à 3 kilomètres à faire ainsi le long d’un chemin passant où les camions se font lourds et bruyants.
Mon chum est déjà rendu loin…
Mais moi, je dois débarquer de ma bicyclette; je n’en peux plus.
Mes jambes crient, leurs muscles flasques brûlent et surtout, mes bronches s’époumonent.
Ça y est… ça goûte le sang dans ma gorge. Je haïs cette sensation qui m’indique clairement que j’ai dépassé ma limite. Faire ce genre d’excès à 60 ans et c’est la crise de cœur assurée.
Je termine de monter la pente à pied. Je r’enfourche ensuite mon vélo. J’aperçois mon chum qui traverse le chemin et qui s’enlise dans les terres des fermiers. De très loin, j’arrive à le suivre. Mes yeux assurent le point de repère et ainsi je respecte mon rythme. Je pénètre à mon tour les terres. Et puis soudain… plus rien… le chandail vert morve de mon chum, très évident à repérer, a pourtant disparu. Je me retrouve à la fin de la route en terre battue et le début d’une ferme privée. L’aboiement d’un chien est là justement pour m’indiquer que je ne suis pas la bienvenue. Je reviens donc aussitôt sur la route principale où les voitures et camions continuent de m’harceler de leur vitesse et du couloir de vent qu’ils créent sur leur passage, happant à tout coup, ma précaire énergie … « vlaaaaaaaaam! vlaaaaaaaam! » Je me sens comme une feuille d’arbre que le vent menace d’arracher à chaque secousse qu’il donne.
Je crie un peu :
-Chaaaton… ?
… (rien)
Je siffle un coup :
-bruit de sifflement dont je ne sais retranscrire ici l’onomatopée.
…(toujours rien)
Disparu le chum morveux au chandail ultra visible.
-Kâoulisse de tabarna$”/?&**&?%… comme si ça me tente de niaiser! Déjà qu’on a commencé la ride tard en après-midi ! Moi qui avais envie de profiter d’un moment d’escapade… vital à mon équilibre.
Cibouière! Il est où lui?
J’attends; 10 minutes. J’observe tout autour pour voir de quel côté il n’apparaîtrait pas, le con! Oui le con. Dans ces moments là, mon vocabulaire est peu original et les insultes, plutôt faciles d’accès.
Puis je décide de poursuivre dans la même direction… logique. Car comme j’écrivais plus haut, étant en contrée inexplorée, j’ignore où mon chevalier m’amène. Je risque donc, tout droit. Je dévale un faux plat… « Hourra ! Si mon chum n’est pas de ce côté, je devrai remonter ce dénivelé chiant! » que je pense, tandis que le goût de sang, toujours présent entre mes bronches et ma gorge, m’amènent à racler. Je dois cracher. Ce que je fais, tournant la tête un peu à gauche, pour extraire le trop plein de bave dernière moi, par-dessus mon épaule. Malheur à moi! Corps désaxé, esprit négatif = mauvais enlignement de la décharge buccale. Ce qui fait que je me crache dans l’oreille et dans les cheveux! Et oui. Hum… pas trop génial! Dégueulasse en plus! Mais bon, avec du recul je trouve ça plutôt drôle et mon moi suprême (mon pas d’ego) en éclate d’ailleurs de rire.
Je m’arrête un instant dans la gravelle… heureusement que j’ai quelques mouchoirs dans mon sac de taille. Ils serviront à éponger le baveux de ma colère… et je tempête encore contre monsieur… que je n’aperçois toujours pas.
Je continue de dévaler le faux-plat –y’a au moins ça d’agréable et malgré tout j’arrive à capter l’essence du jour : l’air doux qui caresse ma peau, les arbres de plus en plus garnis de leurs jeunes, tendres et vertes feuilles naissantes, les oiseaux qui sifflotent… et enfin, l’entrée du parc d’Oka où mon chum tourne en rond en m’attendant.
Quelques petites bombes lancées en sa direction ainsi que l’inquisitoire féminin au grand complet et nous y sommes, comme avant sa disparition; côte à côte, amoureux. Nous traversons des marécages où le soleil frappe et donne à voir le paysage et son double. C’est magnifique. Encore quelques coups de pédales et nous nous arrêtons au bord de l’eau, tranquilles. Je ne veux plus rentrer à la maison. Pour la première fois depuis quelques mois déjà, je savoure un semblant de vacances… C’est fou ce que quelques heures loin de ses habitudes peuvent avoir d’effets bénéfiques sur la santé.
Et cette décision à prendre, avec son lot de questions qui me harcèle. Je respire et je tente de profiter au meilleur, du jour de congé choisi, en plein cœur d’un lundi impeccable.
La randonnée se termine par une visite chez le spécialiste du vélo, où nous allons faire modifier nos « moutain bike » en modèle hybride. Comme j’ai hâte de chevaucher ma nouvelle bagnole –modifiée pour plus d’aisance et de plaisir. Nouveau siège, nouveau cou, nouveaux pneus, mise au point, ajout d’un porte bagage et on y est!
Et ce soir, c’est le grand soir. Une semaine après cette mini-aventure-sans-grands-ébranlements-pour-la-planète (sinon qu’on lui fait du bien avec ce moyen de transport écolo) nous allons chercher nos bagnoles chez Monsieur le Docteur en chirurgie du vélo. Mais on dirait qu’il va pleuvoir et tonner. Tu m’étonnes! La loi de Murphy! La sapré loi de Murphy.
Karo du 12 mai (qui aurait tant encore à partager mais qui doit se discipliner: être un discipline de son museau et écouter son pif- focaliser sur les choses à faire)
photo: petit lac issu de la sauvegarde d’une ancienne sablière de la région. On voulait transformer ce lieu en un truc commercial. Les résidents se sont levés. Depuis, nous avons ce splendide lieu familial… pour se baigner l’été; la plage.
15 Comments
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Ou sentir avec le pif ?
mai 12th, 2006 at 9:00 amA la fois embarqué dans la randonnée avec tous les ingrédients pour tenir en haleine, et assis dans le regard distancié, ironique, deux bonnes raisons de venir te lire avec plaisir. Quant au pif, si, il parle aussi, il a même du nez !
mai 12th, 2006 at 9:41 amLa loi de murphy, on appelle ça, ici, loi des emmerdements maximum. Elle fontionne tout aussi bien. Ex: Oublier un jour ma clé. Justement le jour où je n’avais pas mon portable sur moi. Dû chercher une cabine libre et en bon état de marche. Appeler un serrurier. L’attendre une heure sous la pluie. Payer le prix fort “urgence”. M’apercevoir après coup, qu’il y a avait un serrurierà deux pas de chez moi. Pas belle la vie ?
Je te trouve bien patiente, car je ne sais pas comment à ta place j’aurais “appostrophé” le morveux. Sûrement par le chandail ultra visible
Je suis contente que la randonnée se soit terminée sur une note plus romantique! Au prochain départ méfie-toi à savoir si c’est bel et bien une randonnée ou bien une course! hahaha! à bientôt Isa
mai 12th, 2006 at 10:03 amPERRASITE- où tu veux!
THÉO- J’aime bien la façon dont tu définies ton plaisir à “embarquer dans la randonnée”… j’avais aussi, il me semble, cette distance au moment de vivre et d’écrire ce papier. C’est pourquoi je n’ai pas tenu rigueur à mon amourveux. ahahha. Par ailleurs, merci pour ta sublime anecdote en lien avec M. Murphy… ou plutôt - et j’aime bien: la loi des emmerdements maximu. Ce genre de journées où l’on n’est tout, sauf centré.
C’est alors l’escalade, la débandade, le cercle vicieux… la surenchère de problèmes, enfin… bref… M. Pilatès m’attends encore.
ISA- Que tu m’as fait rire. Vraiment. Et je me méfierai, effectivement, pour la prochaine fois. ahahah
mai 12th, 2006 at 10:30 amPar donnez les erreurs grammaticales et fautes de frappe qui se glissent ici et là dans mes commentaires…
quand rapiditié ne rime pas avec perfection!
ainsi donc, “amourveux” était souhaité, mais pas “où l’on n’est tout, sauf centré” enlevez le “n’” et ajoutez un “m” à maximum.
voilà…
mai 12th, 2006 at 10:34 amKaro : “j’avais aussi, il me semble, cette distance au moment de vivre et d’écrire ce papier.”
Oui c’est de “ton” regard distancié, ironique, que je parlais.
mai 12th, 2006 at 1:10 pmThéo- ahahhaha … une chance que tu es là pour me faire voir plus clairement … ahhahahaa merci. Très intéressant. Le yin et le yang te vont à merveille!
mai 12th, 2006 at 1:41 pmHAHAHAHA ! Me semble de te voir… je t’imagine te cracher dans l’oreille et je suis morte de rire. Comment rendre une expédition qui sort de l’ordinaire !? Invitez Caroline, y’a toujours quelque chose d’imprévu qui arrive !!! Mais attention, moi si je fais une ride de vélo avec toi, je me tiens devant ok ? La bave en vélo, c’est pas trop mon fort !!!
mai 12th, 2006 at 2:29 pmOuf! J’ai le coeur qui m’arrache juste à te lire!!! Et le summum… le fameux «crachat»!!! Beurk! Et pourtant je suis crampée! (Oups! Désolée…)
mai 12th, 2006 at 2:53 pmTu as quand même eu la chance de te régaler des beaux paysages… C’est bien, ça…
Oh… Et pour les tites «fôtes»… c’est tout pareil pour moi!
Salut cousine!
Merci pour ton texte rempli d’humour mais au combien très réaliste!
Je te voyais, peinant sur ta bicyclette et, tout en riant de ta mésaventure, je n’avais pas de peine à m’imaginer que la même chose pourrait aussi m’arriver (vivant moi aussi avec un “amourveux” et étant moi aussi adepte du mode marmotte).
Compte toi chanceuse tout de même: tu n’as pas de rejetons qui te pousses dans le dos en te disant: “Allez Maman, bouge tes grosses fesses, c’est long attendre après toi” pour terminer leur tirade avec “Est-ce qu’on arrête au Dairy Queen en chemin?” (Pour les grosses fesses, y’a rien de mieux que le Dairy Queen Hahaha)
Surtout, je te souhaite que humour rimera toujours avec amour dans ton couple et te souhaite pleins de “rides” romantiques avec ton chaton, pour les années à venir.
A+
Nancy
mai 12th, 2006 at 4:32 pmxxx
Wow! C’qu’une simple promenade peut devenir une incroyable aventure lorsqu’elle est racontée avec tes mots!
mai 12th, 2006 at 8:15 pmJe n’ai tellement pas de peine à t’imaginer, toi ma chère amie, ainsi que ton Chaton d’amoureux…
En tout cas, tu seras prévenue pour la prochaine escapade: apporte-toi une bouteille d’eau pour le goût de sang dans la gorge… bizoux!
Encore une fois: merci à tous pour votre riche correspondance.
Cousine Nancy: tu m’as bien fait rire. et ton partage me permet de prendre ce genre d’aventures avec encore plus d’humour et de recul…
ahahha
Désormais quand je verrai un Dairy Queen alors que je suis à bicyclette, je penserai à toi et je m’en payerai une bonne crème à glace, pour récompenser mes grosses fesses de leur effort à dos de selle. pouahahah… À toi aussi de nombreuses “rides” et rides (traits d’amour et d’humour forgés au visage au fil du temps heureux passé ensemble) avec ton “amourveux” et ta belle petite famille…
continue de prendre ton temps à dos de vélo… suivre son rythme crée le plaisir. Ils arriveront au Dairy Queen avant toi
Gaëna - tu m’as inspiré le “post” qui suit celui-ci, merci:)
Méli- merci beaucoup. Ça me fait tellement plaisir de savoir que mon texte peut être ainsi captivant… sortant tout droit de ma bouche, avec mes mots comme tu dis. Merci belle amie. Et pour la bouteille d’eau, t’inquiète, j’en avais une mais ce n’était pas suffisant… l’effort a été trop drastique
mai 13th, 2006 at 5:01 pmbisoux…………
Ah! Le beau-père, il n’écrit pas souvent, mais paraît-il qu’il me lit souvent… MERCI
Et à en juger par son commentaire ci-joint, je me dis: heureusement qu’il ne répond pas souvent…
car il est bien trop drôle et vif. La répartie… il connaît ça!
voici donc, son commentaire et ma réponse.
B-Père: Chaton tu devrais investir dans une bicyclette à deux pédaliers et une petite voiturette pour pouvoir transporter le crachoir a Karo
Réponse de bru susceptible de trouver ça drôle:
mai 13th, 2006 at 5:37 pmAhahahhah
Qu’il a de bonnes idées le beau-père.
hahha
J’en parle à Chaton…
Vélo tandem : comme ça on risque plus de se perdre
Et voiturette pour mon crachoir.
Merci savant beau-père
Ahahah
Caro - J’aime beaucoup tes textes - ils me font bien sourire - tu écris si bien.
tu fais mes journées.
Je t’aime fort, fort
Belle-Maman d’Isa
mai 17th, 2006 at 2:50 pmxxx
Gigi- je vous aime aussi FORT FORT. Merci pour vos bons mots. Comme je vous écrivais déjà, ils font sourire ma bédaine. Ils chatouillent mon coeur aussi.
C’est agréable de savoir que nos mots peuvent procurer du bonheur, des sourires, du divertissement ou autres états chez autrui.
mai 17th, 2006 at 4:17 pmC’est un très énergisant partage.
J’écris
tu me lis
il me lis
nous nous lions
…