Refuge d’Artiste
États d'âme…
L’hébergeur français. Un vrai charme. Du coup, ça détruit le mythe du Parisien chiant. Je m’adapte vite à mon environnement tant notre amitié est franche. Seul problème; après 6 jours je trouve encore le moyen d’excuser mes heures d’errance. Mais je n’ai pas encore bossé merde!
Je me fais des boulimies culturelles assez incroyables. Chez l’hébergeur, y’a des tonnes de bouquins – et je n’exagère pas. Rien que là, je peux me perdre des heures, d’abord à laisser mes yeux, ivres, se promener d’une tablette à l’autre en quête d’une découverte qui ferait tourbillonner mon cœur. Au fond, tous les titres m’excitent, attisant très intensément ma curiosité. Ce qui fait que rapidement, mon index prend le « leading role » et commence à se glisser avidement sur la reliure. Parfois il en sort un du lot, mon index, il sort un livre du lot juste pour le toucher davantage, le sentir et peut-être qu’il ouvrira aussi une page au hasard… au hasard et dans l’espoir inconscient d’y trouver l’existence entière, baignante là, au milieu de partout et nulle part à la fois. C’est une pulsion. Savoir que l’existence entière pourrait se résumer là,
dans un livre découvert par hasard et reposant dans une bibliothèque – une parmi tant d’autres. Tomber sur une phrase magique qui ouvre sur une pensée lumineuse de notre esprit, sur un état de grâce de notre âme. Je crois bien que je vais passer trois semaines à lire les derrières de bouquins et que cela sera suffisant à étancher ma soif, tandis que je sais ne pas avoir le temps de pénétrer au cœur de chacun d’eux. Et puis chez l’hébergeur, y’a pas que les livres. Mon hôte aime tout autant que moi; échanger. Ce qui fait que l’on peut parler des heures et des heures sans se rendre compte du temps qui passe. Politique, différences et similitudes entre Français et Québécois, spiritualité, complexité et beauté de l’âme humaine, philosophie de vie, spécialités culinaires lyonnaises (quenelles), cinéma, musique…
À travers tout ça, on cuisine, on bouffe, on rediscute culture, je reflâne dans les bibliothèques, je hume l’air du continent Européen, air qu’il me fait d’ailleurs bon retrouver, air avec lequel je me sens de plus en plus familière – normal après 2 voyages en France et l’un en Espagne. Nous faisons aussi des balades à vélo… là encore, je prends un plaisir fou à me laisser guider à travers les rues de cette Vieille France. L’architecture typique qu’on ne retrouve pas chez nous en Nouvelle-France, chaque fois elle me touche. Il y a dans les petites rues, les marchés, les édifices… une telle poésie. Tous mes sens auraient envie de croquer le paysage. Ça inspire, ça respire. Je suis ailleurs comme chez moi. Je n’ai donc toujours pas trouvé le courage de pénétrer au cœur de mes mots (recueil et women’S’how). Je cherche encore à trouver le confort physique, là, avec cet ordinateur portable et mes mains qui sont plutôt habituées au grand clavier. Je cherche aussi à trouver le focus. Que mes yeux et mon esprit cessent d’errer un peu sur toute cette culture qui m’entoure. Sur tout ce partage littéraire et théâtral. Il y aurait tant à voir de Lyon et des environs. Mon hôte doit lui aussi travailler. Heureusement, cela aide un peu à la discipline. Depuis mon arrivée, il se crée donc par moment en moi des sentiments paradoxaux.
Comme un mélange de culpabilité et de jouissance en mon esprit. Culpabilité – pas nécessairement saine – parce qu’après six jours, je flâne toujours. Culpabilité que j’arrive toutefois à gérer car si je lui cédais la place, je me verrais alors travailler dans un climat non propice à la création. La pression n’étant jamais très bon partenaire de mes écrits. Et la jouissance parce de l’autre côté de l’Atlantique, loin des miens, je me retrouve d’une façon bien particulière. Ainsi alors que chez moi je me croyais calme et détendue, cet état s’avère encore plus présent au cœur du rythme français. Rythme que j’aime bien au fond. Je me souviens, lors de notre voyage en Espagne, combien Mateo, Mariposita, Chaton et moi, aimions ce rythme plus lent, avec ses journées plus longues… là où le soleil s’émerveille des heures durant, là où l’on a l’impression que la nuit ne vient jamais sinon que pour nous amener dans un exaltant night life, là où l’on a le sentiment d’avoir la vie devant soi…
Bon, y’a quand même des aspects plus chiants à ce beau rythme qui me colle à la peau. Ainsi, les commerces me semblent tout aussi souvent fermés qu’ouverts. Pas le samedi, pas le lundi, pas le dimanche, et les autres jours c’est ouvert un peu le matin, un peu le soir. Le commerçant du coin il ouvre une heure plus tard que les autres tandis que l’autre d'en face ferme une heure plus tôt. C’est qu’il faut s’y retrouver eh! Tout de même, je préfère ce rythme au nôtre. ET c’est là que je me retrouve. Dans ce dolce vitae où chaque inspiration est un ancrage en la vie. Où chaque expiration m’offre le réel sentiment d’être vivante.
Profiter de la vie, de la nature, des gens qu’on affectionne… cultiver le plaisir du beau, du profond, cultiver le goût de vivre en harmonie. Si simple quand on y pense. Et en même temps si difficile à trouver que cet équilibre-là. Ce n’est jamais acquis. Mais y tendre tous les jours en vaut les mille maux et mots biffés en cours de route.
Jour 6 ou 7, posté au jour 8 ou 9… Karo en décalage (heureuse malgré tout)
3 Comments
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11 Commentaires:
Bicho do mato réagit …
Bon j’ai pu me souvenir du mon mot de passe afin de t’eviter l’horreur du “Anonymous”.
Enfin, ce que je tenais a te dire est que ce n’est pas parce que ton hote est tres correct qu’on va remettre en cause tout le mythe du “Parisien chiant”.
Attention, generaliser de cette maniere est tres dangereux et mene a des idees preconcues.
août 24, 2006 1:33 PM
Anonymous réagit …
Eh bien moi, 1: je n’ai jamais réussi à m’enregistrer, 2: c’est merveilleux parce que je n’ai pas à me souvenir du mot de passe inexistant!! (rires) Vlan pour la Nina dinausaure. Chère Karo, cré auteure!! T’en fait pas, tu mijote et tu couve. Laisse la culpabilité pour les malchanceux qui ne voyagent pas. Tu nous a tout de même nourris de ton blog, ce sont des mots ça. Prens un verre à ma santé de vacancière, j’en bois un à ton inspiration, comme elle viendra.
Bisous d’Oka
Nina Louvain
août 24, 2006 6:17 PM
seB, comédien réagit …
Merveilleux sentiments que tu nous décris là avec beaucoup de justesse (et une fois de +), talentueuse Caro… Ho (ha) oui une maison pleine de livres, cela eveille en moi de tendres souvenirs de paradis terrestre… (et oui je ne parle pas que de baise nan mais :p !)
août 24, 2006 10:31 PM
Carolinade réagit …
@Bicho do mato, tu me fais toujours aussi rigoler avec tes commentaires… je te le dis, tu as manqué ta vocation: humoriste;)
@Nina, comme tes mots le sont si souvent, tendres et réconfortants, vivants et amoureux. Bises à toi grande Dame.
@seB, tu m’en diras plus sur ces souvenirs de paradis terrestre. si le coeur t’en dit. Et pour la baise, je sais bien que tu ne parles pas que d’elle, que tu la pratique aussi pouahahahhaha!!! Très amicalement, ta cousine d’outre-mer, pour l’heure chez vous.
merci à tous de me lire et de participer à ce blog que j’aime tant.
août 25, 2006 5:39 AM
Jack réagit …
J’adore croquer des photos de rayons de biblio privées comme tu le donnes à voir ici. En grossissant les images, on zirute les titres, les zauteurs… Apéros artistiques qu’on ne retrouvera pas dans aucune autre maison au monde. Je l’ai fait déjà chez des amis également très poids lourds en livres… Même 20 ans après, les photos parlent. En un seul coup d’oeil, on mesure ses immenses cratères, ses lunes pleines d’ignorance, ces voix venues du silence. On embrasse du regard le parcours illustré d’un lecteur. C’est stimulant. André Duhamel(philosophe)m’a dit un jour dans son petit bureau à l’université où prennent l’air au moins 500 bouquins sans compter les piles de revues : «Derrière les livres, il y a les hommes.» Les femmes aussi, s’entend. La vie, autrement dite. Merci!
août 25, 2006 8:19 AM
) !!!
seB, comédien réagit …
Caro je crois que tout est dit, Jack l’explique aussi, ce sentiment étourdissant d’abondance en ce genre de lieu, tu le retranscrit si bien…
J’ai moi aussi zoomé sur les photos comme un détective privé à la recherche d’un quelconque indice littéraire
Merci encore et toujours !
Des carolinades en France ?! Qui l’eut cru ? Je suis sur le c#l ! (Ca rime mais censuré car on est pas vraiment dans le sujet en question)
En tout cas on parle de toi sur icomedie…
Des bisous et bon séjour chez ces maudits francais, seB.
août 25, 2006 1:25 PM
Carolinade réagit …
@Jack, merci encore de votre visite plus que charmante. Du bonbon à recevoir. C’est vous l’apéritif artistique;) J’irai vous lire aussitôt que possible. Par désir de découvrir votre plume et vos images. Merci de votre riche partage et passage ici. Revenez quand vous le voulez.
@seB pouahahaha il me fait rire: il est sur le cul à cause des carolinades en France!!!! pouahahahahahha…
Il me fait pleurer:
la surprise belle et enivrante sur icomédie. Je suis en effet très, très touchée par le papier que tu as fait sur icomédie. Tant et si bien que les mots me manquent;) Merci seB…merci. Les mots me manquent vraiment;)
Par ailleurs, c’est vrai eh, qu’on est tenté de zoomer les photos pour mieux pénétrer la biblio…
en terminant… quoi dire de mieux sinon: ET que le festival de la baise se poursuive!!!!
à très bientôt
bon week-end
août 26, 2006 4:05 AM
La Pie réagit …
Chère Caro, tu ne flânes pas, tu es en pleine période “d’absorption”… Tous ces échanges ne sont-ils pas bien aussi riches qu’une journée de travail? Allez, profite, je prendrai un rosé à ta santé!
août 26, 2006 12:17 PM
Céline Perret réagit …
Comment çà commerces fermés samedi , dimanche et lundi??
Là, il faudra m’expliquer !
Pour le reste, que je suis heureuse d’être lyonnaise cette semaine…:-)
août 26, 2006 2:06 PM
Carolinade réagit …
@ La Pie, tu as tout à fait raison très chère. Tu fais bien me le rappeler. Mais parfois, les exigeances de mon Ego sont forts. Trop insistants. Merci donc du recul que tu m’offres par ton gentil mot.
@ Céline… ahhaha j’aime bien faire réagir les français avec mes propos exagérés. C’était une façon pour dire que les commerces sont souvent fermés (comparé au Québec). Pour le reste, heureuse que tu sois heureuse d’être Lyonnaise cette semaine. À très bientôt.
août 27, 2006 6:44 AM
Wictoria réagit …
J’aime bien tous ces livres alignés attendant sagement de sortir des rayons un peu comme du miel pour nos yeux…
Tu as l’air enchantée de ton séjour français, @ bientôt !
août 30, 2006 4:54 AM
octobre 1st, 2006 at 6:50 pm1-C’est chouette les périodes de 7ième ciel… Hourrah et Gloria !
2-Est-ce vraiment les titres et les livres qui t’excitent, attirent ta curiosité et qui te font frémir à l’idée que peut-être l’existence entière pourrait se
résumer là ?
3-On-peut-parler-pendant-des-heures.. ça s’appelle un amoureux.
4-Foutez-moi ces bouquins sur la moquette et baisez dessus nom de Dieu !
5- Ton hébergeur a-t-il un frère ?
XXX Joyeux Noël !
décembre 21st, 2006 at 1:12 am@ Perròn! Maudite folle! Tu me fais rire.
décembre 27th, 2006 at 12:08 pm