Bobin merci
Quand ce n'est pas le temps qui fait défaut, c'est le body. Madame est grippée. Une vraie grippe d'homme:) Madame tousse, madame a mal aux cheveux, aux tempes, au front, aux reins, à la mâchoire. La mâchoire, ça c'est à force de grelotter. Oui, parce que madame grelotte aussi. Madame grelotte de froid. Comme si un iceberg c'était logé à son insu à la place de son plexus solaire et qu'au lieu de la lumière, irradiaient désormais les vapeurs sèches du froid glacier. Brrrrrrr…
Même si elle est pourtant fatiguée, dans son état de malaise, madame n'arrive pas à dormir. Lui vient soudain l'idée de prendre au hasard un livre de Bobin, parmi sa petite collection; laquelle trône en privilège dans sa table de chevet. Puis madame tombe là-dessus:
"Les roses ne se sont pas ouvertes. En un seul jour elles ont fait faillite. Têtes basses, tachées de brun, elles mendient un regard plus fin que le regard habituel, distrait: "Aime-moi. Je suis peu à mon avantage dans la lumière. Je n'ai pas su faire mon travail de beauté, je ne sais rien faire et je te demande de m'aimer, d'aller chercher cet amour en toi qui ne doit plus rien à l'apparence. Aime-moi parce que je suis là terne, souffreteuse et vivante, simplement vivante donc parfaite."
Christian Bobin, extrait du mercredi 30 octobre. Autoportrait au radiateur.
Comme le hasard fait bien les choses. Aujourd'hui je me sens un peu comme ces roses. Terne et pas ouverte. Mais comme toujours, les mots de Bobin viennent à moi et ressuscitent mon âme. Dans le cas présent ses mots me donnent envie de m'offrir de l'amour et de la beauté envers et malgré tout, cela même si j'ai une gueule de fleur fanée.
Karo du 11 novembre (souriante de sa trouvaille)
crédit photo: autoportrait karo