Collection /1

Categories: Globe-trotter , ÉCRITURES |

Collection 1– jour de marché :
(De stand en stand, bruits de foule et d’objets, odeurs, couleurs, textures, végétal, animal, animé, tout s’entremêle…)
 

marché place wilson villeurbanne

Des pommes, des tulipes, du poulet chaud, des endives, des artichauts, du poisson, des crevettes, des moules et autres fruits d’la mer, du pain, du pain long, du pain de blé, de miche, de seigle, du pain, du pain, du pain, toutes sortes de pain, des oranges d’Espagne, du citron d’Espagne, des fraises en janvier, des bananes – mais jamais en France des plantains on ne trouve, que des bananes Côte Ivoirienne et de la Martinique. Mais elles sont où les bananes d’Haïti ? Au Québec? Sûrement. Des poires, des poires, toutes sortes de poires, des kiwis, des habits oups! – c’lui là s’est trompé, il a mis son stand au mauvais endroit, les habits c’est pas sur la Place qu’ils doivent se vendre mais dans la rue –  des fromages, des ronds, des carrés, des mous, des durs, des blancs, des crèmes, des bleus, des noirs, du fromage de chèvre, du fromage de vache, du fromage de mouton, mouton? Brebis… la brebis qui rit, la brebis fine, la brebis à croûte, au lait cru, pasteurisée… pasteur… une église, l’église Ste-Madeleine, l’église Ste-Madeleine de la place Wilson, son curé, son curé qui sonne les cloches pour rapatrier ses ouailles à la messe matinale du dimanche. Mais c’est qu’ils sont tous au marché les ouailles; gavées des yeux et les oreilles ivres des cris venant, des cris évidents, des cris vendant des marchands avides de centimes. « Qui vient faire des affaires chez moi today? 6€ pour 12 verres! » que dit l’un! « Achetez mes tomates!!! » crie l’autre.  Des tomates rouges, des tomates grappe, des tomates de serre, des tomates qu’on sert, des tomates concert; des tomates musicales pour les papilles gustatives.  Du saucisson, du chorizo, des boudins, de la saucisse, des tripes, des tripes d’agneau, de porc, des tripes de cul… euh… de bœuf, de bœuf, oui c’est ça. De la cervelle, de la cervelle écervelée, de la cervelle canut, de la cervelle de porc, langue aussi, veau, pintade, salami, poivrons, salades, salade croquante, salade mesclun, sala… choco? Hum. Choco là! Tablettes de chocolat, kit-kat, pastilles d’Ostie, boisson gazeuse, friandises, friands ils se disent, ils achètent, font de bonnes affaires. Des pommes de terre, des petites, des grosses, des jaunes, des rouges, des rigolotes, des bleues, des… des… ? Un bonimenteur de parfums envahissants, un envahissant bonimenteur de parfums:
 
- Un parfum, deux parfums, trois parfums, donnez votre main madame, essayez. C’est votre mari là? Dites-lui de venir. Il re-succombera à vos charmes, j’en suis sûr. Bonjour mademoiselle, venez, essayez.
 
-Non, merci, ça va, je ne fais que regarder votre agrémentation.

-Vous-êtes Québécoise vous? Amenez-moi au Québec jolie mélodie. Alors madame, ce parfum votre mari succombe?  Un spouich de parfum, deux spouich, trois spouich.

-Non merci monsieur… mais arrêtez!

-Spouich spouich, vous allez sentir bon. Quatre, cinq, six bouteilles, douze, dix-huit pour 20€. Alors vous achetez?
 
(De stand en stand, odeur de foule et d’objets  parfumés à l’eau de bonimenteur, couleurs, textures, végétal, animal, animé, tout s’entremêle désormais à c’t’odeur de parfum…)

Des pommes au parfum, des tulipes synthétiquement parfumées, du poulet au parfum chaud, des endives parfumées, des artich-au-parfum, du poisson qui sent bon, du poisson camouflage. Du parf! Envahissement par le pif. Je suis paf! Je quitte le marché, je bifurque sur une rue transversale. Une rue tranquille sans odeur, sans couleur, sans bruit autres que le bleu du ciel, la fraîcheur matinale et le doux chant des oiseaux. 
 
texte inspiration de Tarkos

Le marché, place Wilson, Villeurbanne 

Karo du 16 janvier (dans le plaisir de la création littéraire. Karo qui envoie tous ses "veux" d'amour et de création à son amie Françoise la sorcière bien-aimée. Joyeux anniversaire ma précieuse.)

krédit photo: Karo, marché de Villeurbanne, place Wilson

16 Comments

  1. Brijit

    J’aime beaucoup ton billet de ce matin. Tu jongles avec les mots et j’adore… Te lire à haute voix, me mettre les mots en bouche, hmm, délicieuse Caro! Continues de me faire voyager! xx

  2. Carolinade

    @ Brijit… merci pour ton commentaire. Ça stimule l’auteure en moi. J’aimerais bien t’entendre me scander à haute voix. Mais dis-moi, belle Brijit, m’as-tu vraiment lu à voix haute au bureau? Où serais-tu ailleurs qu’au boulot? Hihihihi… je t’imagines, debout sur ton bureau à lire la collection du marché du jour. hihihihhi N’empêche que ce serait un bel acte poétique:) Je te met au défi. POuahhahah
    bonne journée bellà.

  3. Brijit

    hihihi, je suis en congé jusqu’au 29 janvier… Je suis à la maison! Mais même au bureau, si j’aurais le temps évidemment, ça ne pourrait pas m’empêcher de te lire à haute voix, la plupart du temps j’y suis toute seule toute la journée! ;) Et puis c’est un plaisir pour moi de me faire ce cadeau là!

  4. Sue

    Un premier commentaire pour moi… Tu m’as mise au défi avec ta petite note en bas de page! J’ai apprécié ton texte ce matin et la thématique collection, belle idée. Je ne l’ai pas lu à haute voix mais d’une traite et ça coulait tellement bien que tu as réussi à me transporter au marché de Villeurbanne en un rien de temps. Un mini-voyage avec fond de Sesame Street…! À +

  5. Didi...xx

    Comme tu me manque et en lisant ces mots,je pouvais facilement te sentir la devant moi…….(silence)………Lire ces mots c’est comme se mettre a table pour un repas préparé avec soin ,amour,et sensualité…Oui sensualité moi c’est comme ca que je l’ai senti…tu sais comment tout passe par la dans mon corps..Hihihihiiii..!!…a bientot.belle Caro….Tendrement…Dianeoxoxox

  6. Francis Lewss!

    Merci pour les touches attentionnées sur mon blog.
    J’apprécie…

    Quand reviens-tu au Québec?.. Quel est ton plan de séjour outre-mer?.. Y en a-t-il seulement un?

  7. Nina Louve

    Bon, tu me prépare un ragoût ou un petit gueuleton. C’est que ça donne faim ce marché.

  8. théo

    Tarkos, oui, mais tu me fais aussi me souvenir de cette chanson de Gilbert Bécaud :

    Voici pour cent francs du thym de la garrigue
    Un peu de safran et un kilo de figues
    Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches
    Ou bien d’abricots ?
    Voici l’estragon et la belle échalote
    Le joli poisson de la Marie-Charlotte
    Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande
    Ou bien quelques œillets ?
    Et par dessus tout ça on vous donne en étrenne
    L’accent qui se promène et qui n’en finit pas

    Même le camelot bonimenteur l’a entendu chanter l’accent dans tes mots, un accent juste un peu plus au nord que la Provence :) )

    En lisant ton texte, j’ai eu l’impression de monter à bord d’un manège qui commençait à tourner lentement, agréablement, et puis de plus en plus vite jusqu’à donner un véritable tournis de victuailles, et je me suis échappé, comme toi, sur les ailes d’un oiseau.

  9. Nina Louve

    Ptss: Vous avez demandé un “Carnet Pelé” bonne Dame, “Carnet Pelé” Jack vous a fait.

  10. Valérie

    Chère cousine, comme tu écris bien… je suis presque jalouse !!! Vraiment, les mots ont une mélodie quand tu écris… oui, c’est ça, une mélodie… tout s’emboîte, tout s’harmonise et quel rythme tu as ! Tu nous embarque littéralement (sans mauvais jeux de mots). Bref, tu as ce talent qu’ont certains romanciers qui fait qu’on n’enfile page après page.

    Cela dit, je voulais simplement te dire que moi, ta carolinade d’hier, m’a immédiatement fait penser à Amélie Poulin, la scène où Amélie entraîne un aveugle dans sa folie et lui décrit tout ce qui se passe sur la rue. C’est poétique, dynamique, et virevoltant. Comme Amélie pour le vieil aveugle, tu as ce dont de nous faire vivre les choses, des choses qu’on n’a même jamais vues, l’étape bien au-dessus de la simple lecture des mots.

    Bravo xxx

  11. Chris

    Salut Caro

    Dis il n’y a pas de marchés comme ça au Québec?? La place où se tient le notre trois jours par semaine, est très belle, et c’est bien agréable d’y faire ses emplettes. Belle rythmique pour ce texte, un manège oui c’est ça.

    Hop-là!

  12. Carolinade

    @ Sue… quelle belle surprise! Merci de ton chaleureux “premier” commentaire. Ça relance bien son auteure après un an de blog. :) Et ça fait plaisir de savoir que tu as aimé. Sur fond de Sesame street? Wow… dis-donc, ça traverse bien le temps cette émission là! À bientôt.

    @ Diane… belle image évoquée ici à la lecture de ma collection: marché du jour. Une table d’amour et de sensualité ou toutes les victuailles d’harmonie sont à portée de bras, de bouche, de en-corps:) merci d’être là.

    @ Lewss… ça fait plaisir que les commentaires laissés chez toi. Plan de séjour outre-mer? Dont know yet! Pour l’heure, après une forte tempête en haute mer, j’en suis à me laisser voguer un peu au gré du temps sans temps. Mon gouvernail s’étant brisé durant la tempête, j’ai échoué ici, en France (terre d’ancêtres, terre d’asile) je laisse le vent, le soleil, la nature et la vie me réparer, me régénérer. Pour l’instant donc, je me laisse porter de rencontres en rencontres, d’émerveillement en émerveillement, -je me nourris- puis, quand le moment sera venu de reprendre le cap, je saurai. Je saurai et là seulement je pourrai resaisir la barre de mon bateau. Pour l’heure donc, je le répare, je le repeins, je le solidifie de tout ce que la vie m’envoie d’abondance, de poésie… tu pourras donc suivre cette évolution et découvrir la France à travers mes yeux, en visitant les carolinades, bien sûr.

    @ Nina… le parfum du bonimenteur ne t’a t-il pas dégoûté tout autant que moi? ahahahha Go, viens t’en, le ragoût est sur le feu, il mijote à feu doux, juste pour toi.

    @ Théo… merci pour la référence à Bécaud. Je ne connaissais pas cette chanson et j’aime bien, ainsi que ta référence à l’accent ;) J’apprécie aussi ta façon d’être entré (et sorti) dans ma poésie. C’est très joliment imagé. Ça me fait une belle joie d’être ainsi lue.

  13. Carolinade

    @ Valérie, chère cousine toi même ;) MERCI. Presque jalouse ? T’inquiète, je trouverai bien le moyen de te jalouser à mon tour. Tu es si pleine de talent dont pour l’écriture et l’expression orale alors eh! Rien à m’envier, même si le sentiment est bien humain.

    Bref, cela dit, merci beaucoup d’avoir pris le temps de m’exprimer tes sentiments à l’égard de mes écrits. Cela est grandement apprécié. Ton message arrive à point comme un délice pour mon âme avide de re-co-naissance. Vraiment Valérie… ton message a sur moi un effet propulsant. Je suis très émue d’ainsi pouvoir rejoindre le monde via ma plume. Et j’aime bien ta référence à cet extrait d’Amélie Poulain. J’avais bien aimé ce passage du film (en fait, tous les passages du film:)) et du coup, tu me le rappelle.

    Oui Valérie, ton message m’aide à me rebrancher à mon essence. J’aime insuffler de la poésie au coeur du quotidien et le fait que tu aies perçu, ressenti le sous-texte, que tu aies pris le temps de lire et de réagir, ça me fait chaud au coeur.

  14. Carolinade

    @ Chris… salut! Des marchés comme ça au Québec? Beaucoup moins que par chez vous. Il y a très certainement deux marchés fort appréciés dans le genre à Montréal (marché des saveurs et marché Atwater) et sûrement d’autres que je ne connais pas. Peut-être aussi un ou deux dans le vieux Québec mais sinon, ce n’est pas généralisé autant qu’en France. Il y avait récemment un reportage qui parlait de ce renouveau au Québec, soit de ce besoin d’acheter lentement, au marché, en plein air, de choisir ses aliments directement des producteurs etc. Nous avons beaucoup de petits producteurs et de riches produits du terroir (fruits, fromages, volaille, émeu, miel, légumes etc.) mais le concept de marchés publics est moins développé que par chez vous. Dans quelle région habites-tu déjà?
    Merci pour le commentaire sur le texte. Ça fait très plaisir à recevoir. On se retrouve dans le prochain manège alors? C’est si gai de pouvoir voyager sur les ailes d’air-poésie… et hop! ;)

  15. butineur de blogs

    Autre regard, complémentaire, peut-être :

    Le bruit d’un marché en phase de démontage (démarchage prêterait à confusion). Cliquetis métalliques, des chocs sourds, d’autres lourds, balourds, brusques et brutaux. Voix lointaines, cris pointus. Klaxons d’impatients. Couches de soleil fraîches sur le toit des camionnettes taguées. Parasols rouge ou bleu pluie. Avant-goût des odeurs de la piste sous le jet des nettoyeurs en jaune et vert. Numéros de cirque qui s’ignorent par silhouettes aux dos voûtés, aux bras balancés, aux mains pleines de cageots vides, empilés. Un homme disparaît deux secondes sous un parasol replié. Glaneuses voilées détroussant du regard les cadavres de fruits et légumes avant de les enfouir prestement dans les sacs en plastiques, dont la légion virevolte dans le vent au milieu d’un ballet de mouettes venues de nulle mer. L’église, fraîchement repeinte, remonte et s’élargit dans les regards juchés sur les balcons de l’immeuble d’en face. Et puis ce chien recroquevillé contre un platane, subitement dressé sur ses pattes pour hurler à la mort son paradis perdu.

  16. Les Carolinades » Archive du blogue » Fébrilité

    […] des odeurs, des couleurs et saveurs du marché, de la vieille ville, de la presqu’île, des cafés et des pigeons français, de ma Bretagne,  de mes ami (e) s,à la Croix Rousse et partout ailleursdes sourires reçus, Lyon, Provence, Suisse et cie.de la Tête d’Or, de la grâce et des larmes de joie, des bouquins découverts, des musiques reçues, des mots et maux partagés, es apprentissages vécusdes rencontres riches et et et…Etc. […]



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