l’autre jour à la Tête d’Or
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Combien de fois ai-je trouvé ma renaissance au contact de la nature pleine et sincère ? Je ne sais pas combien de fois puisque comme Nina, compter je ne sais pas. Quelques butchs de cigarette sont là, vulgairement jetées sous le banc où assise je m’offre du plein soleil. Hormis ces quelques moches mégots entrevus du coin de l'oeil, tous mes sens se gavent des notes mélodieuses des oiseaux, du vert tendre jeunes pousses des arbres, des jeux d’ombre et de lumière que le soleil projette sur Terre, d’une bestiole rigolote qui y séjourne…
Tout est paix. Tout est plein. Serein.
Il est 13h00, c’est le printemps, mon premier hors du Québec.
Je suis béate d’émerveillement et pourtant, tant de printemps j’ai vus avant. C'est parce qu’on ne s’en lasse pas de la nature. On ne s’en lasse pas puisqu’elle est le cœur, l’essence même de toutes vies. Et je me demande, combien de fois par an, par mois – que dis-je – par semaine, prenez-vous le temps de vous rebrancher à la source boisée ? Je ne sais pas compter mais je dirais : trop peu de fois. Oui trop peu. Trop peu de fois, trop peu de gens. Si nous étions plus nombreux à se rapprocher d’elle, à la ré-apprivoiser, à y participer, à s’y baigner, à en faire partie comme il se doit par essence, plutôt qu’à tenter de la contrôler ou de s’y extraire à force de couler du ciment partout. Je sais qu’alors tous, nous en porterions mieux.
Résurrection, là où j’ai ouvert mes plaies béantes à la nature qui s’est occupée de me guérir. Résurrection, là où j’ai troqué ma bruyante ville nommée consommatrice pour le délice d’une grande dame nommée âme-actrice. Vivre libre et au gré de mon rythme, en harmonie avec mes profondeurs, si simple et pourtant… on a le droit de rêver de fonder une famille, d’avoir une maison, un BBQ, un salaire – « pis garde ta job parce que c’est pas évident d’en trouver une autre ! Tu es peut-être esclave des 'psychopathes-corporatifs' mais au moins t’as une job ».
Ça c’est possible
mais pour le reste,
bien peu de pistes.
Bien peu de modèles,
ça prend trop de risque
et pour ça,
personne qui te dise :
« ça va la vie. C’est bien la vie, t’as le droit de tomber et ça ne fait pas si mal. C’est beau la vie. »
ou bien on te le dit
mais on te montre le contraire.
Le sourire figé dans le ciment d’là peur.
Dans les faux-fuyants, le paraître et le faire semblant…
Des années de catholicisme à se damner pour les chutes, les hésitations, les erreurs, chaque coup est compté (je sais pas compter et pourtant), chaque gaffe est fatale, brutale, comme une gêne non éthique transmise de génération en génération, on essaie de se purifier du péché originel en se baignant dans l’eau bénite à la culpabilité d’ÊTRE, en se mouillant le dessein’terdit dans la peur du jugement dernier. « Ouais… ca fait pas des enfants forts ça ! Mais tant pis ! C’est d’même pis c’est toute ça fait que pose pas trop de questions ! »
Sortir de l’Église pour mieux comprendre et recevoir le message de Dieu. Oui le droit de rêver et de croire qu’il existe autre chose que des obligations et conditions de vie. Sortir l’Église de sa tête et retourner à la forêt, l’écouter nous dire… pour retrouver le chemin du rêve réalisable, du croire-qu’on-est-autre-chose-qu’un-consommateur – qu’un con qui consomme de l’absurde et qui observe de sa télé l’autre partie du monde qui elle ne peut pas consommer; qui se fait plutôt consumer par nos inadéquations de pauvres riches désaxés.
Non seulement le droit de rêver mais aussi celui de jouer avec la vie. Comme enfant on jouait à la corde à danser. Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas réalisé ses rêves et même là, continuer. Fonder une famille c’est aussi fonder du bon, du beau, d’l’à bienveillance. Remplacer les châtiments par de la compréhension, de l’éveil et puis du pardon. Transmuter la peur en cœur. Surprendre celui qui s’effondre de honte, de désespoir et de doutes par de l’essence divine. De celle qui partout circule. La prochaine fois que vous entaillerez l’érable pour en boire son eau, dites vous que c’est ça l’essence divine. Pis que c’est aussi un sourire doux et profond pour celui qui se noie dans ses peurs.
Je ferme les yeux et la brise sur ma peau dissout l’anxiété. Je lève la tête vers l’astre soleil puis je me dis : à quand la prochaine balade en forêt belle Karo ? Tant de bien et d’harmonie n’est pas un privilège, non plus un luxe en attendant que tous les arbres soient abattus… Non, tant de bien et d’harmonie, c’est encore plus que ça – c’est un devoir. Un devoir de se remettre au monde, comme du monde. Un devoir de réunion de l’humain dans la vie, par la vie.
Ressusciter.
Suscitez la cité ; citez la nature.
J’hume l’air de rien …
J’hume le concert de la nature
J'hume la chaleur du jour
Parce qu’Âme née pour aimer
et non pour con-damner.
Karo du 27 avril qui souhaite le beau, le bon et l'aimant week-end à tous !
Krédit photos: Karo parc de la tête d'Or, Lyon 2007