J'adore Sol. (Marc Favreau). Pour moi qui aime écrire, jouer avec les mots, raconter sur un ton poétique et exprimer, souvent avec naïveté consciente, des incohérences politiques, sociales et humaines, Favreau, avec son personnage de Sol, reste une incontournable et intarissable source d'inspiration.
Pour les québécois, je crois qu'il se passe de présentation. Pour les français, ceux qui n'ont pas eu la chance de le voir jouer de son vivant, c'est notre Devos à nous. D'ailleurs, il existe un livre d'étude comparative entre les jeux de mots des deux artistes. Physiquement et dans le ton, les deux personnages n'ont rien en commun. Toutefois, dans la poésie lucide et ludique, tout à voir. Sol jouait avec les mots comme les oiseaux chantent tous les jours, soit avec merveille et grandeur.
Découvrez ou redécouvrez l'un de ses textes, Coupe tes ficelles, que je considère toujours être d'actualité. Et j'ajouterais, que vous soyez homme ou femme, ce texte reste parlant et inspirant. À chacun, chacune, de se l'approprier. Une chose est sûr, ce que fait dire Favreau à son personnage Sol n'est jamais anodin. Et c'est ce qui par dessus tout me plaît chez ce grand maestro des mots.
Pour l'occasion Théo Savane (un autre artiste dont j'admire le talent et la finesse des jeux de mots) du blog Eaux-Berges s'est généreusement prêté au jeu de l'interprétation. Pour vous donc, chers lecteurs, ou devrais-je dire "chers auditeurs" des carolinades, Théo et Sol, en duo. J'espère le tout divertissant à vos oreilles et votre coeur.
ps: Théo savane ne connaissait pas Sol. Il y est donc allé d'une interprétation toute personnelle très amusante. Vive les rencontres entre artistes d'un bord et de l'autre de l'Atlantique !
cliquez ou double-cliquez sur le juke-box virtuel pour entendre "coupe tes ficelles" de Sol, narré par théo savane.
Coupe tes ficelles
Pôvre petiteMarie honnêtePleine de ficelles Si tu veux pas toujours être la moitié de quelqu’un Faut grandir Faut de la grambition Faut apprendre à dire non
À force de dire oui Tu finiras par le perdre ton nom Et il sera trop tard; tu voudras te libre aérer Trop tard !
Tu seras emprisouillée; toute la journée tu joueras de l’épousette Tu seras la ménagère approvisionnée Qui pousse la poussette chez le marchand rétro rétrograde A Grosseur moyenne
Tu seras la consommatrice désaffligée Qui rêve à son étoile À sa comète
La tête en bas dans sa cuvette Tu seras la dinde du foyer avec la décoration inférieure
Tu passeras l’après-méditation en transe et en dentelles Tu seras une femmeuse détériorée Très complètement décaféinée Qui en peut plus le soir Et qui décapitule qui décapitule Qui décapitule ce qui reste à faire à fer à repasser À fer à friser à friser la folie!!!
Mais si t’as la grambition tu seras esstradinaire!
Peut-être une écrivaine rétromantique Qui décrit ses manoirs,
Peut-être une téléctuelle Qui a le haut parleur et le bas bleu,
Ou une pro musicale qui se joue des sornettes à la lune,
Ou une divaporeuse Qui baigne de luxe dans les bulles paraffinées,
Ou une femme de fer dans un gant de crin Qui conduit elle-même son autonome,
Ou même une institutriste Qui a de la classe Tant tellement de classe qu’elle est impayable !
Coupe tes ficelles !
Coupe tes ficelles et tu seras quelqu’une !
tiré du livre: Presque tout Sol. aux éditions Stanké. livre que je vous recommande vivement de vous procurer.
Voilà pourquoi on a souvent l’impression que ça n’avance guère.
Les dossiers sont paralysés, scotchés dans la crasse des bureaux-bourreaux.
Plus il y a de bureaux et plus ça s'encrasse.
Plus ça s'encrasse, plus ça sent la crasse.
Absorbés par toute cette crasse, assis dans leur bureaucratie avancée, vient un temps où tous les bureaucrates à cravate étouffent. Désabusés, ils tuent donc le temps à regarder se déshabiller les filles devant l’écran d’ordi de leur crade vie. Et la crasse continue de s'incruster dans leur cerveau comme dans leur bureau et ce, jusqu’au jour de la retraite tant attendue. Ainsi les bureaucrates font semblant d’avancer en échange d’une sécurité financière. Or qu’en réalité… la crasse de leurs statuts est en train de les tuer.