À dos de néant
On annonce beau et chaud sur la Côte d’Azur (comme toujours, sauf quand je suis passée en 2005) et comme par hasard, une offre d’emploi de nounou à Monaco! Nounou, moi? Pourquoi pas! Ça fera bientôt une année que je n’ai pas de chez-moi fixe. Avant que cela ne devienne un mode de vie permanent, je devrais peut-être y aller, me fixer une année entière à Monaco! Mais, est-ce là l’appel profond de mon âme? Non. (N'empêche que mon ego se la pêterait bien avec ce job.) Il faut pourtant que j’avance. Que je fasse un pas. Car c’est bien beau les questions et l’amour qu’on leur voue –n’est-ce pas monsieur Maria Rilke ?… reste que vient un temps où tout ce surplace douteux devient trop incessant.
Faire un pas, même dans le néant épais de son « pas savoir »… faire un pas, prendre une route et puis si c’est pas la bonne, bifurquer, sans plus. Bifurquer – dans la joie. Alors nounou pas nounou, on y va…
Partir en France retrouver D. même dans le deuil inachevé de ces 11 années passées avec Chaton… avancer, exister et surtout, me donner le droit d’aimer encore. Car D. je l’aime. Pour ce qu’« aimer » peut signifier de nouveau après la chute des illusions et la perte de repères. Mais plus je questionne et moins je sais. En contrepartie, plus j’accepte la vie et sa grande part mystérieuse, plus j’ai envie d’apprendre mieux l’amour. Ne vient-on pas sur Terre pour apprendre cela, l’Amour avec un grand A ! D. m’offre cette possibilité. La qualité de sa présence dépasse tout ce que j’ai jusqu’ici espéré. Dois-je renoncer à ce beau ressentir d'amour sous prétexte que tout n’est pas clair en moi ?
Plus j’avance et moins il me reste de certitudes. Tant mieux ! Ne m’en reste qu’une en fait. Celle de vouloir continuer d’apprendre et grandir dans l’amour. Cela commence par m’aimer moi. Pas tous les jours facile. L’autocondamnation semble d’ailleurs être un truc bien à la mode, car d’autres y excellent – et même mieux que moi ! Tristement mieux que moi. Ce doit encore être la faute d’Ève avec son criss de péché capital. La maudite gourmande, elle avait faim et elle n’a pas su résister à croquer dans la belle pomme de vie!
Et puis y’a Gilles Vigneault qui semblait avoir bien saisi la chose lorsqu’il composa la chanson Le Doux Chagrin dont le célèbre refrain « qu’il est difficile d’aimer, qu’il est difficile! »
"Après avoir passé un mois à encartonner mes vifs souvenirs d'une ancienne vie encore pas si lointaine", après être déménagée de Ste-Marthe (mon refuge des 5 dernières années), après avoir fait la nomade : deux semaines au FIJM à triper pour me payer un portable, deux semaines de remise sur pied informatique dans la maison des gens riches chez une amie dans l’Ouest-de-l'Île, 3 semaines de Plateau à poursuivre l’informa-tic et à rencontrer tout plein de copains et, de façon plus générale, après ces trois mois, depuis mon retour au pays, à penser, à angoisser, à repenser, à panser, à grandir dans des zones nouvelles de mon Être, à rire, à pleurer, à faire la fête, à me rendre utile là où c’était possible, à jouer les jardinières et gardienne de maisons, voilà que les propositions, tant internes qu’externes, se font plus persistantes…
Donner une direction claire à ma vie devient LA direction à prendre…
Ils le disent tous, les gourous de la réalisation de soi, qu’il faut clairement identifier ses objectifs pour y parvenir. Je dois être une extra-terrestre, car j’ai du mal à focaliser. Une née-par-pillée, née pas de pilier, é-pars-pillée. Oui. Ou un truc du genre. Je n’y arrive pas à ce focus que j’aimerais tant garder une fois trouvé. J’ai pourtant défriché ma terre intérieure, fertilisé le sol de ma vérité propre, arraché les mauvaises herbes – perpétuel recommencement s’il en est un, c’est celui-là, car elles repoussent toujours, planté des fleurs, des fruits et des légumes à mon goût plutôt qu’au goût du jour, où à celui de mes parents… mais voilà, il reste à faire eh !
Satanée imposture de l’imposteur.
Vieil ivrogne de malheur
qui se grise d’illusions
qu’il m’offre ensuite en mensonges
déguisés en vérités.
Marcher dans le noir.
La lumière n'est pas loin
elle est dedans.
À dos de néant pourtant
je sculpte un horizon de doutes
et ce que je redoute me rend captive
de ce noir néant.
Ce qui me rassure cependant, c’est ce qu'écrit Clarissa Pinkola Estès dans son très estimé livre Femmes qui courent avec les loups – et que j’estime aussi tant il résonne en moi comme cela fait longtemps qu’un bouquin de psycho n’avait pas résonné – soit qu’une fois le focus trouvé et maîtrisé, la partie n’est jamais gagnée, l’équilibre, jamais acquis. Ainsi, je me sens moins extra-terrestre lorsque je lis son livre, plein de vécu, de recherches universitaire et de terrain. D'une vérité qui fait du bien en profondeur, ce livre dépasse toutes les théories qui voudraient faire de nous de plantureuses héroïnes des temps modernes.
Ça serait tellement plus facile de jouer le mouton et de faire comme tout le monde parce que la société le dit et qu'en paraissant bien, y'a moins de risque d'être jugé. Mais cette facilité aurait un prix éventuel que je ne suis pas certaine de vouloir payer – la mort de l’âme. Jouer la douce et blanche brebis sur l'hôtel des sacrifices en m’embarquant sur un chemin uniquement pour faire plaisir aux autres, à ceux que j’aime et que j’ai peur de perdre si je me choisis, m’imposer un chemin de croix parce que le saint-catho est encore trop ancré dans mon crâne et me fait croire qu’il faille se crucifier pour être digne d’exister, non merci. « Pas trop de bonheur sans quoi on pourrait te le reprocher qu’elle se dit encore parfois ma peuplade primitive ». Ainsi, je serais grégairement plate si je plongeais de peur dans une vocation sans âme, dans une voie du déni de soi que pour plaire ou impressionner… Mais heureusement, je ne le pourrais pas. Y’a bataille entre mon ego et mon âme certes, mais je sais déjà mon âme gagnante.
Dois-je en conclure que je suis suffisamment lucide, même et si pourtant, la route est longue dans ce chemin du retour vers et dans ma nature souche ?!
OUi, pas facile l'amour…
pas facile, mais nécessaire et vital !
Karo du 30 août… vivante.
Krédits photo: Karo Parc de la Tête d'Or, Lyon France '07