Bobin crue’lle vérité

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Cela faisait un p'tit moment que je n'avais pas cité Bobin. Lire Bobin me recentre et me permet de toucher à mon essence spirituelle. La citation que voici est, tel que je l'exprime dans mon titre de billet, une crue vérité qui, si lue par l'ego blessé, ne peut être bénéfique. C'est bien parce que j'en ai fait une toute autre lecture que j'ai pu y goûter pleinement, dans toute sa cruelle et belle bonté, et que par le fait même, j'ai eu envie de vous la partager.


« Fragment d’une lettre que l’on n’enverra pas : J’entends plus encore la manière dont vous le dites. Vous demandez quelque chose qui vous manque, et parce qu’elle vous manque vous ne parlez que comme si elle vous était due. Vous me faites penser à cette phrase entendue l’autre jour dans la rue : "elle veut être aimée, quelle imbécillité!" Cette parole est dure, mais la vérité a parfois des dents de loup. L’imbécillité en question est dans la croyance que notre volonté nous ouvre un droit sur ce dont nous avons besoin, y pose déjà une légère griffe. Mais franchement, qu’est-ce qui mérite en nous d’être aimé ? J’ai beau chercher, je ne vois rien. L’imbécillité n’est pas de demander, mais de changer sa demande en plainte et bientôt en exigence. Je sais bien, vous ne parlez pas de cela, mais c’est sur ce ton que vous parlez et la vérité est dans le souffle avant d’être dans les mots. J’écoute vos raisons et je n’entends que votre dépit. Mais je n’ai jamais trouvé une once de vérité dans l’amertume. Je n’y ai jamais entendu que la misère d’un amour-propre déçu. Je ne reconnais l’éclat du vrai que dans la joie et dans cette conscience de nous-mêmes qui l’accompagne toujours, cette conscience radieuse de n’être rien – et dès lors, comment prétendre à quoi que ce soit, pourquoi s’entêter dans une demande qui ne sait trop ce qu’elle veut et ne sait que le vouloir ? L’amour ne vient que par grâce et sans tenir aucun compte de ce que nous sommes. D’ailleurs, si c’était le cas, il ne viendrait jamais. Rassurez-vous : si j’écris sur ces choses, je suis loin d’en être digne. Du moins, je ne cesse de les contempler comme sur la route pleine d’ombre on regarde à l’horizon les montagnes que l’on n’atteindra pas encore aujourd’hui. »

 Karo du 15 novembre…  

 

7 Comments

  1. Carolinade

    J’aimerais bien avoir accès aux autres extraits de cette lettre, afin de saisir la globalité du message. Mais déjà, j’y vois les choix à faire, entre l’amertume ou le pardon, la plainte ou l’expression authentique de ses besoins, sans attentes cependant, qu’ils soient nourris sur un plateau d’argent. J’y vois le chemin vers la liberté intérieure, la route d’une vie… que l’on peut fouler dans la joie ou autrement, à fabriquer du poison dans son coeur, sur le dos du passé qu’on aurait voulu autrement. Entreprendre la montagne humblement… “un pas à la foi”.

  2. Kymo

    Hum…
    Juste un petit onomatopée mais rempli rempli rempli. Merci…

  3. Nina louVe

    oui, elle fait du bien cette citation de Bobin. merci.

  4. jode

    Intéressante réflexion qui prête elle-même à réflexion. Pourquoi ce besoin de dire à son lecteur, dans les dernières lignes du passage cité, “Rassurez-vous…” ? Excès de modestie ou excès d’orgueil ? Aurait-il la vanité de penser qu’on pourrait le croire “digne” de ses propos, et cela en retour ferait-il souffrir sa modestie ? Ou plutôt n’est-ce pas la gêne aux entournures d’un auteur qui se rend compte en écrivant qu’il pontifie un brin sans aucune autre légitimité que celle qu’il s’attribue ? J’apprécie Bobin, mais la vraie cruauté des mots, n’est-ce pas de nous rendre plus dubitatifs sur nous-mêmes, en nous suggérant que l’auteur que nous pensons être à longueur de phrases ne fait qu’endosser l’habit de l’imposteur qui toujours aura peur, comme un gamin en culottes courtes, d’être pris sur le fait ?

  5. carOlinade

    @ Jode, très intéressante réflexion… Qu’en pensez-vous, Nina, Kymo ? Merci. Y’a en effet à prendre et à laisser ici, c’est pourquoi dans mon propre commentaire je disais que j’étais curieuse de lire le reste des fragments de cette lettre. À qui, dans quel contexte? Etc.

  6. denis_m

    Bobin est toujours très juste, mais trop de réalisme tue ce qui n’est pas visible, et je le trouve là très pessimiste sur nous même et notre capacité à influer sur les choses, les gens… Quand il parle damour propre, il se déclare en guerre contre son ego, qu’il n’assume pas complètement, dans conquête il y a bataille, troubles et incertitudes !

  7. carOlinade

    @ Denis_M… merci pour ce pertinent commentaire. J’aime l’opinion, j’aime la réflexion, j’aime les points de vue qui diffèrent et se partagent. Et j’aime aussi que Bobin exprime sur la place publique, ce qu’ici tu nommes bataille… cette presque violence dans les mots, dans le combat, en bout de ligne, avec lui même… car ça revient toujours à soi même au fond, l’autre n’étant qu’un miroir de nos propres peurs, déchirures, hontes etc.

    De façon générale, je ne trouve pas que Bobin, par son réalisme, tue ce qui n’est pas visible… au contraire, il lui rend grâce. Et apporte dans la lumière ce qui trop souvent est vulgairement relayé au plancher des vaches. Même les vaches dansent quand elles passent dans la moulinette d’amour de Bobin ;)



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