Poésie sans titre /6

Categories: ÉCRITURES , Poésie |

Boulevard de la République
quartier huppé
droit lieu des contre temps
bas endroit des hauts contrastes
décalage immoral
invisible pauvreté 

-Pourquoi la dame à la peau basanée revêtit-elle un voile comme les sœurs dans les couvents ?… C’est une roumaine ?
-Si.
-Pourquoi vit-elle ainsi ?
- … 

Austère au monde qui l’entoure
à genoux devant la foule
mains jointes, tête inclinée yeux fermés
elle ne bronche pas et attend
un écriteau devant elle
ça parle de Dieu
plus loin à une centaine de pieds
on dirait sa jumelle
mais son écriteau semble plus urgent :
« à l’aide, mon fils est à l’hôpital »
puis une autre encore plus loin,
sans écriteau celle-là,
que sa longue voilure et son bébé dedans
assise contre une vitrine BCBG
à ses pieds une petite coupole,
de pièces jaunes assoiffée
autour la foule anonyme
autour les gens insensibles 

-Mais qu’y faire ? N’y a-t-il pas de programmes d’aide dans ce pays ?
-C’est partout pareil. Viens, il faut y aller. 

Devant le grand cinéma
les africains font la fête à leurs artistes du 7e art
des musiciens et leurs instruments à bois
le mouvement est si festif
que mon sourire se fait dansant
à travers la masse de curieux venus entendre
oui. Les africains se donnent les moyens d’exister ici
et je regarde un instant encore derrière moi
les trois roumaines n’ayant pas bougé d’un fil
le tissu de leur malheur fascinant.

11 Comments

  1. jode

    J’aime ce texte. Sa forme, mélange de dialogue, qu’on y imagine entre deux amants qui flânent dans les rues avant de se rendre dans une salle de cinéma ou un café, mélange donc de dialogue et de poésie - avec des expressions qui font mouche comme la petite coupelle assoiffée de pièces jaunes, comme un égaré dans un désert en quête d’eau. Et sur le fond, ce contraste entre ceux qui attendent passivement qu’on leur vienne en aide (pas forcément pour de bons motifs, mais parfois, oui, ils ne peuvent faire autrement dans leur détresse) et ceux qui ont la fête au cœur. La seule chose que je me permettrai de dire, mais je pense que ce n’était pas ton intention, le texte pourrait laisser supposer dans un esprit aussi retors que le mien, sans doute, que tu opposes Roumains à Africains, alors qu’il s’agit en fait, à travers ce petit croquis brossé sur le pouce, de faire contraster, par le hasard de la vie, deux mentalités qui se côtoient dans un même monde mais s’ignorent totalement.

    Pardon d’avoir été aussi bavard, mais c’est aussi la dernière fois que je viens sur ton blog, comme sur tout blog en général, car jode prend sa retraite, il se retire d’Internet. Il se fait vieux.
    Bonne poursuite à toi. Belle vitrine d’artiste.
    Jode

  2. carOlinade

    @ Jode… wow ! Dommage que tu quittes la blogosphère, ce message est si nourrissant et pertinent. Je t’en remercie grandement. Qui sait, peut-être pourrais-je brosser davantage ce petit portrait afin d’en préciser l’expression, cela pour les esprits retors tels que le tien ;) Car tu as tout bien vu. Non, il ne s’agit pas d’opposer bêtement les deux peuples.
    Merci et … reste jeune, viens faire un tour de temps en temps.
    ;)

  3. Anouk

    Puisqu’il semble y avoir un bug dans la section commentaire du billet précédent, je laisse ici mon message:

    Ma belle et tendre Caroline,
    je T’AIME JE T’AIME JE T’AIME JE T’AIME JE T’AIMEJE T’AIME JE T’AIME ET JE
    T’AIME.

    Si TU SAVAIS COMME JE SUIs CONTENTE DE TE CONNAITRE ET d’avoir eu la chance
    de t’avoir dans ma vie.

    Je suis tellement fière de toi et de ta vie et je suis très heureuse pour
    toi et je suis admiratrice de ta puissance et de ta belle énergie d’amour
    de la vie.

    Je suis très contente d’avoir de tes nouvelles et je t’embrasse très très
    fort et je t’aime

    Dance me to the end of love.

    XXXXXXXXX
    Anouk

  4. lilyblue

    Triste et tendre… joie et douloureuse réalité…. doux et fou que ce regard sur la vie!!… toujours aussi observatrice et à même de partage Bella!!
    Bon retour sur les terres anciennes et nourricières xxx

  5. aspe

    mon coeur d’orange est friant
    bleu dans le ciel
    ma chaîne est silencieuse
    honte des larmes
    dents contre la volonté des errances
    partir
    trahir
    jouir
    lame de fond
    vulgaire transparence des apparences
    tendre la main dans les jours affamés
    plus rien à craindre
    je glisse sous le train
    nous avions faim…
    simplement faim…

  6. aspe

    profond, ton beau texte Karo, simple et si vrai, ça donne le frisson du monde banal que nous ignorons, du monde absurde, femmes prisent dans l’ouragan des mafias, trafics d’esclaves dans les villes qui vivent comme des folles, et se donnent de bonnes consciences…J’ai mal et j’ai honte, …
    http://www.terredasile.be/?2006/09/01/30-nous-exploitons-toute-la-misere-du-monde

  7. carOlinade

    @ Anouk… comme je t’écrivais hors blogue, merci pour ce rafraîchissement d’amour. Femme pétillante, intense et créative.

    @ Lilyblue… toujours très agréable de recevoir ton expression ici.

    @ Aspe… je ne ferai pas des redites écrites hors-blogue, alors juste ça: merci pour ta présence toute en poésie, liens internets et expression.

  8. aspe

    … pour diffuser largement aux environs de chez vous…
    7ème édition du festival de la Poésie à Périgueux
    Du 26 Juin au 01 juillet 2008
    PERIGUEUX
    Ce festival pluridisciplinaire se donne pour principal objectif d’explorer les affinités entre la poésie actuelle et les autres arts : spectacles, performances, lectures, expositions, ateliers, danse, musique, vidéo, ainsi qu’un salon de la revue de création, pour un rendez-vous unique en France. Plus de 50 poètes et/ou artistes en chair et en voix, une multiplicité de rencontres, un festival de création vivant et en mouvement. CONTACT
    Tél : 06 72 83 67 74
    Site Web: http://www.ferocemarquise.org

  9. L'ile aux voyages

    belle philosophie. arc en ciel de liberté, je suis ok à 100 %, la liberté ne s’achète pas mais se vit, se sent, se goûte par tous les pores et les sens.

  10. La Pie

    Caro,
    T’es toujours en Bretagne? J’ai pense a toi ce mqtin a la gare de Dijon en rentrant d’Italie: je suis a Paris jusqu’au 8. Ton dernier post ne peut pas mieux tomber quant aux ,otifs de mon voyage… Dis-moi si t’es dispo et ou t’ es, je me promene…
    virgule_1998@yahoo.com
    Contente de te relire, chere amie.
    La Pie xx

  11. aspe

    /////////////////////////////////////////////////////////////////

    j’ai pensé que ça sentait ‘l’autobiographique’…c’était dans les années1985 environ, quand mon père vivait à NY, il travaillait à la’modernisation’ du plan des voies de chemin de fer à Penn Station, il y est resté 2 an et demi environ…

    · LOUISE
    LOUISE
    LOUISIANE
    ma liane
    pas à pas feutrés d’eau
    sur le dos d’animaux douteux ouateux ténébreux
    plaisirs désirs fragilisés par les tempêtes
    à la trompette des cris cotons des chaînes de l’histoire
    blancs noirs drapeau d’étoiles infinies sur les nuits des chants qui se perdent dans les nuits
    jours pris aux démences des carnavals
    douceurs des rives
    sous le soleil jazzy
    d’un banjo fiévreux
    donne moi ma dose
    ma brune
    ma frange de vipère écarlate
    grise frileuse
    jambe
    lancée dans les danses perdues
    des sueurs
    Louisiane
    mon coeur
    pluie
    pleur
    j’ai peur
    peur
    fille immense
    des déserts graves
    humble humain
    enchaîné aux notes folles des heures perdues
    tramways exigeants fuyants Garden District
    ma nuit dans le vieux Carré
    sonne à la trompette de John
    mon black
    mon black à ma peau duveteuse
    coton des tentations
    laisse glisser dans mon verre ton affreux « four roses »
    encore Louise gâte mes gâteries exquises
    oui tu le sais
    et tu le chantes
    sur tes planches glacées
    crevettes grillées
    vins importés de France
    que jamais je n’ai pu glisser dans ma valise
    aéroport prison
    quand papa habitait Manhattan
    ma mère fuguait à Québec voire ses copines
    frangin perdu
    le marquis faisait du jazzy dans sa cave noyée
    inondée de souvenirs LOUIS XIV…
    Et mon fils est né
    je me suis marié
    le frangin a fini sa virée dans le Péloponnèse
    jamais je ne suis venu
    dans cette terre nouvelle
    à Pennsylvania Station
    papa
    où es-tu?
    Penn Station
    JAZZ
    à NY
    big apple
    des nuits de transes
    dans ton appartement
    fuyant
    les marches forcées des déserts oubliés
    tu partais à la Nouvelle - Orléans
    Fangu , parfait Jackson Square
    quand Roger est tombé
    du haut de la falaise…
    Jazz
    Jazz…

    http://ossiane.blog.lemonde.fr/2008/07/04/louisiane/#comment-49137



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