La farce cachée de Notre Dame
Notre-Dame-de-Fourvière – et la promesse du peuple à la vierge Marie.
Je reste fascinée par le déploiement d’énergie et les capacités créatives humaines lorsqu’il s’agit de foi. Ainsi en l’an 1870, les lyonnais ayant peur d’être décimés par l’ennemi prussien, demandèrent à Marie de les sauver, en échange de quoi ils lui construiraient une basilique. En d’autres mots, ils passèrent un deal avec le ciel.
Si on s’arrête un instant pour y voir de plus près on peut s’imaginer le dialogue suivant entre Marie et le peuple…
Le curé de la ville de Lyon :
Sainte-Marie, mère de Dieu, je vous en prie, sauvez-nous des mains prussiennes et nous érigerons une basilique en ton honneur.
Marie :
Hum… je réfléchis. J’hésite. Je ne sais pas trop. Euh… vous savez, cela demande une telle foi, une telle énergie que… à vrai dire, je me reposais gaiment sur mon nuage avec Joseph quand vous m’avez interpellée… hum… laissez-moi y réfléchir trois jours et je vous donne ma réponse.
Curé :
Mais Marie, mère de toutes les mères, nous n’avons pas trois jours à attendre, l’ennemi est à nos portes…
Marie :
Avez-vous seulement des raisons de vous inquiéter ?
Curé :
Très chère Mère oui, c’est qu’ils viennent tout juste de troquer le pas de trot de leurs chevaux pour celui du galop…
Marie :
Je vois… et comment comptez-vous la construire cette basilique?
Curé :
Pour toi Marie, sur les hauteurs de la ville, haute, très haute perchée. Avec dedans des pierres précieuses en mosaïque de patience, de grandeur et de beauté, des statues, des statues d’anges en roc tendre et des bancs, oui c’est cela, des bancs en merisier pour les fidèles prieurs, et des oiseaux aussi, des oiseaux en fleurs et des lions de marbre. Partout à l’intérieur, à l’extérieur de la basilique, des œuvres d’art et de beauté parmi des fresques de ton fils, parmi d’autres de la Pucelle et de toi aussi, bien sûr, Marie.
Marie réfléchit sans « maudire »
Curé, renchérissant :
Oui Marie, une grande basilique d’une blancheur céleste. Avec chapelle au sous-sol et voûtes de prière, toits étoilés ainsi que divins vitraux viendront embrasser le tout. Et dehors, des tours nombreuses dont la plus flamboyante sera ornée d’une pièce dorée à ton effigie. Oui Marie, tout cela et bien plus encore car tes fidèles, pèlerins de notre ville, ont besoin de toi.
Marie :
(En aparté) Hum… voilà qui est séduisant, une statue dorée à mon effigie.
(Au curé) J’accepte le deal. Allez maintenant dire à votre peuple que l’ennemi a déjà rebroussé chemin et qu’il peut donc dormir en paix, car demain commence la construction de ma basilique Notre-Dame de Fourvoyer… euh… de la fourrière… je veux dire, Notre-Dame de Fourvière. Oui, vas en paix Curé de Lyon, ainsi que ton peuple. Vous êtes libres maintenant.
Comme c’est beau n’est-ce pas ! Y’a juste un truc qui m’échappe. Ou plutôt, si je comprends bien la logique de cette foi aveugle, tous ceux qui n’ont pas promis de basilique à une Sainte ont vu leur ville ou leur village détruit ? leur peuple mort de famine, du choléra ou de la poisse ? Et les prussiens, quant à eux, pourquoi sont-ils morts au combat ? Parce que le deal qu’ils avaient aussi passé avec Marie prévoyait la construction d’un lieu culte de moindre opulence, si bien que Marie aurait préféré sauver Lyon ?
Tout de même, c’est en un temps record que cet immense « temple de croyances » a été construit. À peine 25 ans dit-on. Mais j’y songe, ce temps me paraît quand même bien long… ils ne se seraient pas fait prier à leur tour ? Bref, toujours est-il que 25 ans auront été nécessaires à ladite construction.
Notre-Dame-de-Fourvière, telle une immaculée érection plantée sur les hauteurs de Lyon. Contrastante et encore plus belle lorsque le ciel l’enrobe de son bleu intense, on dirait que la basilique flotte quelque part entre céleste et terrestre, entre divin et humain, rêve et réalité… folie et brillance…
Oui, cette foi aveugle, dont on se sert pour justifier les pires atrocités de guerre et qui me laisse si souvent perplexe, amène au dépassement humain et génère d’impressionnantes œuvres architecturales qui ont au moins une vertu exemplaire : nous faire croire en l’homme, envers et contre tout. Et ça, je vous l’avoue, ça m’inspire et me touche.
Karo du 12 avril et ses restants de Pâques !
Krédit photos: Karo, Notre-Dame de Fourvière, Lyon.
