allons dire ensuite que Dieu n’existe pas …

« Svp une parole, juste une parole, et je serai guérie… », ne vous rappelle-t-il pas ce mantra catholique, comme une vieille prière rabâchée dans les oreilles de votre enfance, laquelle remonte comme ça, au bout d’une éternité, quand l’âme saigne et que vous n’en pouvez plus…? C’est comme ça l’autre jour, sur cette souvenance ressurgissant du fond de son enfance, que la femme ouvrit, et au hasard de son cœur au bord du désespoir, son livre préféré de Christian Bobin, Ressusciter, où elle trouvât, là, posé seul au milieu de la page, d’une solitude réconfortante et qui vous donne envie de rire aux éclats, comme si Dieu avait vraiment entendu sa prière…  

« Quelque chose vient à tout instant nous secourir. »  

Vrâ comme chû là… c'est vraiment ce qui s'est passé en avril 2007 !
Karo du 31 janvier

Accouchement littéraire


Ah ! Les joies de la maternité !

Plus j’y pense et plus, oui, écrire ce livre ressemble beaucoup à la mise au monde d’un enfant. Il y a d’abord le goût de s’exprimer qui surgit, menant tôt ou tard au passage à l’action. Phase que je comparerai à l’orgasme jubilatoire et fécondateur de l’Être à venir…  Ensemencer la chose, donc. Faire l’amour, baiser ou, dans mon cas, me planter l’idée de ce livre assez fort dans le cœur, qu’elle finisse par irradier jusque dans mon ventre, lieu de toutes les créations.

  Puis de là, la graine plantée (l’idée) commence son travail, elle germe. L’embryon embraye.  On fait alors un test de grossesse afin de s’assurer que les maux de cœur et les seins lourds ne sont pas que le fruit de son imagination. Ou dans le cas du bébé littéraire, on va voir ses mentors (art, psycho) afin de s’assurer que l’idée n’est pas complètement irréelle, afin de valider son projet, quoi ! Puis une fois sûr et certain de son coup, on annonce la bonne nouvelle.  

laptop d'auteureCe bonheur neuf n’est pas si tôt arrivé qu’on se garnit déjà la tête de tonnes d’angoisses inutiles. Très vite, donc, on se demande si ce truc-là (un têtard d’écriture) va s’accrocher où si ça crèvera dans l’œuf avant terme. Et puis le temps passe, on s’accroche, le bébé aussi. Tandis qu’il se forme, des doigts, des lettres, des yeux, des pieds, du cœur, de l’encre, des devis techniques, d’une vivante couverture, de partages humains… de peaufinage en peaufinage, on ne fait que parler de lui et des états multiples dans lesquels il nous plonge ; des joies de la maternité quoi !

  Et puis vient, inévitablement, la hâte d’accoucher. Tandis que le bébé prend de plus en plus de place, que vous avez les côtes coincées sous ce ballon géant de vie qui se crée en vous, lequel vous restreint de plus en plus l’accès aux autres nécessaires bonheurs de votre vie (tel prendre un verre entre amis par exemple) vous n’avez qu’une envie, mettre au monde ! Sortir le bébé de là… Que le livre aboutisse. Qu’il rentre à l’imprimerie pour en ressortir à temps. Que les eaux crèvent, que le col se dilate. Please everything must be smooth, qu’on ne provoque pas la femme enceinte ! QU’ON NE LA PROVOQUE SURTOUT PAS ! Les contractions se font de plus en plus rapprochées et intenses. Vous vous demandez même : « Diantre, dans quelle folie me suis-je embarquée ?!!! » Parfois à voix haute, parfois en silence, on se jure quand même que ce sera le premier et le dernier.  

Et voilà que des complications surviennent, imprévues, effroyables. Le bébé menace de ne pas sortir du tout, d’arrêter son cœur de battre. Les spécialistes qui vous entourent tentent de garder leur calme mais vous savez qu’ils n’avaient pas prévu le coup. À la dernière échographie (devis), tout allait pour le mieux. Maintenant, l’Être précieux à naître, celui que vous avez chéri, imaginé, respiré, nourri, désiré plus que tout pendant des mois, se retrouve, en une fraction de seconde, entre la vie et la mort. C’est bête comme ça la vie. Si on ne le sort pas de là à temps… il mourra. Le docteur ne le dit pas mais vous le lisez dans ses yeux. Il s’active de plus belle tandis qu’il vous parle, vous, la mère à naître en même temps que l’enfant. Il vous demande de redoubler d’ardeur, de pousser encore et encore, de ne pas A-BAN-DON-NER, il vous assure que donner naissance est un don-né de votre source, que vous êtes est capable, que vous saurez délivrer le nouveau-né. Vous vous rebranchez donc à la source, à l’enfant, de cœur à cœur, vous retrouvez le chemin jusqu’à lui pour créer l’espace nécessaire à sa venue parmi nous…

  Voilà qu’au bout de tous ces efforts, déchirement (physique, psychique), hurlements, panique, peurs, ressssssssssssssspirations, pleurs… joie, JOIE, J-O-I-E… l’enfant vient au monde. C’est à espérer qu’il sorte intact de son lieu de fabrication (imprimerie, tunnel maternel) et qu’on vous le porte aux bras, sans plus de détours… 

***

Évidemment j’arrive encore à me réjouir du bonheur des autres. Mon niveau de gagaïsme  sur le « bébé littéraire » à naître n’est pas à ce point grave que j’en sois déconnectée de la réalité. Ainsi je me nourris encore et toujours du bonheur des autres, de celui de mes sœurs, par exemple, qui me racontent les beautés qu’elles vivent avec leurs trésors. Mais sinon, je suis à ce point impliquée, avancée dans le processus, tous les jours sollicitée, cœur, corps et esprit, que ce sentiment d’être enceinte s’impose à moi dans toute sa puissance. Enceinte des personnages dans le ventre de la conteuse. Car l’art sous toutes ses formes n’est-il  pas le prolongement de l’acte ultime de création qu’est celui de donner la vie terrestre, la vie humaine ?

  Je m’apprête donc à donner la vie à ce qui, depuis si longtemps, germe en moi. Encore heureuse, je n’ai pas eu l’affreux goût de manger des fraises au poisson ou de la crème-glacée aux cornichons !

Karo du 12 novembre, en pleines contractions !
Krédits photo: laptopKaro

Monsieur Donut

 -ou l'hymne à la vie-


Monsieur Donut c’est un client régulier à l’épicerie où je travaille à titre de commis de charcuterie. Comme tant d’autres clients, il vient chaque semaine pour acheter ses tranches de quelque chose d’horrible qui me souille chaque fois les mains. Chaque fois c’est pareil, je ne m’y fais pas à mon job de commis de charcuterie; j’en fabrique même de l’eczéma partout sur les mains et entre les doigts. Ça pique, ça brûle, ça démange!!! Bref, ça me bouffe les mains ça! Je suis encore dans l’adolescence. Une presque jeune adulte au cœur rebelle, la première – et sans doute la seule– à monter aux barricades lorsqu’elle sent qu’on traite injustement les employés. Et ce sale boulot que je dois faire ! Je déteste la viande : le jambon en tranches, le pastrami, les saucissons à varier, la dinde fumée, la tête fromagée, la mortadelle (viande froide et morte oui, des tranches d’Adèle morte ouash!) et que dire du baloné québécois : « Trois quarts de pouce, un pouce comme il faut. Fais-moi 4 belles grosses tranches épaisses. Je mets ça dans la poêle avec du beurre, ça va être bon pour dîner. té ben fine ma nouère de me servir ça! »

Je déteste ce job (même s’il me rémunère) et davantage lorsqu’en tranchant une grosse pièce sur la lame électrique circulaire, des petits bouts de viande me sautent dans les cheveux. C’est dé-goû-tant. Et ce bruit de scie qui me traverse les entrailles la nuit venue. C’est pour vous dire, quand je ne suis pas entrain de bosser, je m’obsède de la chose hideuse. Je ne cesse alors de voir et d’entendre cette scie-ronde qui tranche les porcs, les bœufs, les poulets et Cie. Un scénario de boucherie en permanence qui tourne en boucle dans mon crâne! J’aime l’ordre et la propreté, ce qui fait que je me lance souvent dans un ménage sans fin. Je prends alors de l’avance sur l’horloge qui paresse, il me semble. 20h33. Je termine à 21h00. Le temps est bien long et je m’applique à lui redonner un peu de lustre. Je nettoie, j’emballe la viande pour la nuit, prépare des portions sous vide pour le lendemain etc. Et ainsi j’ai le sentiment d’avancer. Sauf qu’à tout moment, un client peut surgir de nulle part, actionnant la clochette pour m’indiquer sa présence et que je le serve. Strident son de cloche que j’interprète comme un dérangement profond de ma paix intérieure, comme une agression violente, voir une atteinte directe à ma personne. Paradoxalement, c’est grâce aux clients si j’ai ce job. Mais bon, il faut que jeunesse se passe, dit-on, et j’ajouterais : que caractère se forme.

Monsieur Donut; parce qu’il est représentant d’une chaîne de beignets. Monsieur Donut est donc le prénom affectueux qu’on avait trouvé, les copains emballeurs, les autres commis et moi, pour le saluer lorsqu’il venait faire ses achats de la semaine. Monsieur Donut avait LE don. Il avait ce don rare de la sensibilité et de l’acceptation de toutes les âmes et émotions humaines. Ainsi me souriait-il toujours gaiement lorsqu’il arrivait au comptoir des viandes froides, cela même s’il pouvait lire dans mes yeux, dans ma respiration et dans tout mon corps (car aussi lorsque j’étais de dos) que je blasphémais la présence des clients, dont la sienne. À cette époque, je crois bien avoir bâti 30 églises à force de vocabulaire religieux.

Et lui, monsieur Donut, lentement apprivoisa la bête sauvage que j’étais. Il prenait toujours le temps de se mettre au même diapason que moi (le brave homme!), d’échanger un peu, de me partager son plaisir d’être, simplement. Tant et si bien que de semaine en semaine, chaque fois que je le voyais arriver au comptoir, je me surprenais à être heureuse de lui servir ses tranches dégoulinantes à souhait. Les pièces de jambon et Cie continuaient de m’agresser certes, mais je prenais de plus en plus plaisir à lui servir, à LUI : monsieur Donut, le plus frais de nos produits – et à sa convenance. Par sa simple et sincère présence, il calmait mon angoisse et ça me rendait meilleure. Puis un beau jour, madame Donut, sa femme, est venue seule faire l’épicerie. Et un autre jour encore, et puis un autre. Tandis que la rumeur courait au divorce, je suis allée droit à la source et j’ai demandé à Madame Donut… Monsieur Donut était mort. Crise du cœur.

Comment un cœur si heureux avait-il pu abandonner un homme si généreux? Lui qui avait réussi à pénétrer mon cœur, là où tous, jusqu’ici, avaient échoué. Lui qui avait su me cueillir là où tous, de peur ou par manque d’intérêt humain, avaient abandonné… Depuis, je n’ai jamais transféré (dans un comptoir de chaîne à beignets pour la quelle il travaillait) la carte pour douzaine de beignets gratuits qu’il m’avait offerte durant le temps des fêtes. Je la garde bien précieusement cette carte-là, comme un rappel de l’hymne à la vie qu’il avait su m’insuffler.

Merci, monsieur Donut, pour votre passage sur Terre.

Karo du 24 juillet (qui prend le temps de vivre…)
krédit photo: karo

Tricot sacré

Père Étienne est un arc-boutant. Du haut de ses 5 pieds, il « antre-tient » son Église comme des centaines d’hommes sur le chantier l’ont construite, bien longtemps avant.
Il sert la messe comme il sert les gens; amical, serein, serviable et sincère. Dans ce petit corps aux abords frêles se laisse entrevoir une force insoupçonnée. Gabriel dit du Père Étienne qu’il transcende. Je ris. C’est beau. J’aime bien le Père Étienne que je ne connais pas encore. J’aime bien que Gabriel me parle de lui. Tout à l'heure, ce sera moi qui devrai aller vers lui pour demander le nécessaire à ma tâche de bénévole; ciseaux, ruban adhésif, lampe de poche –qu’il ira chercher dans les sous-terrains de la sainte demeure. Un concert se prépare. Celui de l’ensemble vocal Ganymède, chorale qui cette année célèbre ses 15 ans d’existence sous l’œil avisé et passionnant de son créateur & chef d’orchestre; Yvan Sabourin. Tandis que nous, les fourmis régisseuses, nous afférons à la tâche, une vieille dame est déjà là, assise presqu’au milieu de l’Église, sur un banc de bois très étroit et inconfortable. (C’était quoi à cette époque? Du chêne, du merisier? Et en fait de confort, était-ce ce qu’on avait trouvé de mieux pour maintenir les pauvres âmes au garde-à-vous? Des bancs trop étroits pouvant à peine contenir le fessier du jour d’anoxiques jeunesses en perdition? N’empêche qu’ils sont très beaux ces bancs, mais pour le confort, on repassera.) La vieille dame assise sur l’un d’eux tricote une pièce qui se choisit la grosseur des mailles au rythme du réchauffement vocal de la chorale. Près d'elle, sa petite fille qui lit.
 
Bientôt, Ganymède embaumera le lieu culte de la puissante et harmonieuse voix de ses 30 hommes-chorale. Bientôt, 500 mortels viendront entendre et voir, puis applaudir ce chœur aromatisé à l’unisson. La vieille dame, pour sa part, jouera du crochet tout au long du spectacle – entourée des autres spectateurs – et se laissera pénétrer par les chants de Brahms, Haendel et tous ces autres génies créateurs d’une autre époque. Les voix de la chorale se mêleront à merveille à la voix toute divine de la soliste Noëlla Huet ainsi qu’à l’orchestre céleste de cordes et de vents. Bientôt, le dôme dansera avec le sous-sol de l’Église, emplissant ce sanctuaire d’une beauté grave et essentielle qui lui redonnera vigueur et existence – car c’est à travers la foule, vivante, que le monument revit le mieux. Puis, au bout du fil, au bout de la note, au bout du crochet, nous verrons apparaître le début d’une écharpe, romantiquement tricotée par la vieille dame sur des airs de Schubert. Et moi, juchée au jubé… je vois tout : Les 500 âmes venues entendre le chœur et son chef oiseau – toujours prêt à s’envoler pour porter ses ouailles, pour les aider à créer ce pont entre ciel et terre. Le chef d’orchestre qui est à la fois rondeurs, souplesse, élévation, en-catimini, en-veloppement, volupté… générosité. J’aurais soudain envie d’être lui; que pour saisir cette toute puissante passion.
 
Et moi, de mon là-haut perchée, je reçois tout de l’unisson des choristes lorsqu’ils tournent la page au gré des mots qui « s’envoient en l’air » vers les hautes structures du temple… J’aurais envie de me jeter du haut de mon jubé, puis de m’accrocher aux lustres, me suspendre pour mieux entendre, voir et Être la musique. J’aurais aussi envie d’aller m’installer par terre en plein centre des bancs, étendue sur le sol en position d’étoile pour que vibre encore plus fort en moi la mélodie. (oui je sais, je pars dans une bulle assez lointaine lorsqu’ainsi j’ai accès à l’art. Heureusement que j’ai encore mon filtre « d’là connerie » tout propre. Parce qu’une fois rendue à l’âge vulnérable, euh je veux dire, l’âge vénérable des 50 ans et plus, je promets rien eh! Sinon, qu’à l’heure qu’il est, je serais sûrement morte en éclaboussures sur le sol, ou encore la gorge tranchée sur un des lustres ahahahha… Et je vous aime toujours chers baby boomers). Toujours est-il que, la soirée terminée, les choristes sont heureux et ils ont raison. Je félicite mon cher cousin au passage, Martin, qui fait partie de cette chorale et qui s’en donne à cœur joie. À nous maintenant, fourmis de la régie, de s’activer au démontage. Un sympathique prénommé Michel nous servira de chef alors que nous jouerons de nos muscles; fesses, bras et jambes, tandis que nous pousserons, tirerons, replacerons : statues, hôtel et autres objets cléricaux pour la messe du lendemain.
 
Message d’intérêt public : 500 personnes ont fait, en à peine deux heures, 500 bouteilles d’eau à remplissage unique, des déchets pour la poubelle et 500 cahiers d’accompagnement, également des déchets pour la poubelle. Aucune boîte à recyclage en vue et, rare étaient ceux qui avaient pensé rapporter leur bouteille pour recyclage à la maison. J’allais donc quitter ce lieu de paix, quelque peu attristée par la chose ( ça prend des centaines d’années à se détériorer dans la nature tout ça! Et quand on pense au nombre incalculable d’événements quotidiens dans le genre qui se vivent tous les jours à travers le monde y’a de quoi avoir peur) lorsque je décidai de ramener chez moi, dans mon recyclage, l’un des sacs de poubelles, me disant que ça allait faire ça de moins dans le ventre de la terre. J’allais ainsi, un peu, me consoler. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque le gentil Père Étienne me dit : « Je recycle tout. Je trie tout. Je trouve dommage que pas plus de gens le fassent. Mais ici, je le fais… » Après avoir échangé quelques mots avec lui sur le sujet, c’est éblouie – en communion ultime avec la vie et le Père recycleur – que j’ai pu ensuite aller boire un pichet de bière au bar du coin, l’esprit en paix, en compagnie de mon chum, de charmant cousin et de toute sa confrérie!
Merci encore Martin de ta confiance en notre acte de bénévolat. Nous avons passé une très agréable soirée. Encore bravo à toute l’équipe!
Karo du 12 juin (qui souhaite à tous une belle semaine. Souriez, elle sera encore plus belle)

Bouffi-bouffée

Pour mieux laisser ce texte entrer dans votre cœur, c’est aussi facile que cela; changez le rêve d’écrivain pour le rêve de votre choix… Rêve de devenir astronaute Rêve d’aller aider les enfants du tiers-monde Rêve de rester à la maison pour voir grandir ses enfants Rêve d’une retraite en Floride Rêve d’une maison en campagne Rêve d’être pompier Rêve d’être danseur Rêve de rencontrer le pape Rêve d’une relation plus harmonieuse avec sa famille Rêve de sauter en parachute Rêve de partager ses loisirs en communion avec un cheval Rêve d’un grand lac où passer tous ces étés à pêcher… Rêve de devenir médecin rêve d'une forêt consciente rêve de fonder une famille rêve d'étudier les pissenlits (ahhah) rêve, rêve, rêve… matérialise-toi! Etc… Qu’importe votre rêve, puisse ma nouvelle ci-jointe vous inspirer en cela : réaliser le désir profond de votre cœur. Sinon, puisse-t-elle simplement vous faire du bien à recevoir. Suggestion de lecture pour mieux recevoir: imprimez et lisez à tête reposée dans votre endroit préféré.

Mine de rien…
nouvelle (autofiction)
avril 2004

Le cadran de la chambre à coucher indique clairement 3h03 am. « Tient, quelle drôle de coïncidence, c’est l’heure à laquelle je suis née il y a de cela 29 ans déjà » pense notre héroïne -encore méconnue- qui tourne et retourne dans son lit. Elle voudrait bien y voir là une synchronicité, un message que lui envoie la vie pour l’aider dans sa quête. Mais avec si peu de foi, elle laisse s’évanouir l’idée aussi vite qu’elle est venue, préférant s’acharner sur ses presque 30 ans et l’image démesurée des rides qu’elle s’en fait.

Elle est là qu’elle ne dort pas, son corps la fatigue tandis que son esprit ne cesse de lui susurrer des poésies dignes des plus grands best sellers universels. Mais elle reste là, couchée, à écouter sa propre voix qui tout à coup raconte la vie, d’une façon si belle et si sublime. Elle pourrait se servir de ce nouvel élan de lucidité pour écrire ses pensées… mais elle reste là, inerte, tandis que les mots défilent dans sa tête.

Puis il y a deux petites souris blanches, celles de la maîtresse insomniaque. La maîtresse insomniaque, c’est elle, celle qui ne dort pas à 3h03 du matin et qui rêve d’écrire de grands chefs d’œuvre pour l’humanité. Les deux souris noctambulent bruyamment et tournent toute la nuit dans une roue sans fin, une roue tapageuse qui gueule à chaque coup de patte qu’elles donnent pour maintenir la cadence. C’était pourtant indiqué : « roue silencieuse » sur le boîtier au moment de l’achat ? Enfin bref, comme quoi tout est éphémère en ce bas monde, même les garanties sur les articles de consommation. Surtout, les garanties sur les articles de consommation.

Toujours est-il que la grande auteure en devenir, insomniaque ce soir là, entend les deux souris avec cette impression d’un concert rock aliénant pour ses pauvres oreilles. Les sens de madame sont pesants. Elle est éreintée. Ses jambes piquent. Son nez aussi. Elle ne parvient plus à distinguer le sommeil, tandis que lui, « mOnsieur », l’homme qui partage la vie de madame, à ses côtés s’y trouve bercé depuis un bon moment déjà. 45 minutes. Environ. Gisant dans un doux et somptueux sommeil, sommeil lancé par une pénétration qu’il vient de faire à madame il y a 45 minutes. Environ. Monsieur respire les vapes du bien-être de sa pénétration. Il dort bon sang de merde ! N’en faisons pas tout un plat, il dort ! Il fait chier mais il dort ! Tout de même. Ça en prend qui dorment vous savez, pour la forme le lendemain au boulot.

Elle, toujours en poigne avec les mots qui se succèdent puissamment dans sa tête, cela sans commande de son cortex cérébral –pour une fois qu’il ne commande pas celui-là! Tout est : geste, signe, appel, pour la faire se lever et coucher sur papier les mots qui ne cessent de caresser sa membrane limbique, nouvellement endimanchée de littérature. Puis c’est ainsi que notre héroïne en devenir engage un combat ultime entre son cœur et sa raison, à savoir si elle laissera les mots mourir dans sa tête ou pas. À savoir si elle se lèvera ou continuera plutôt de dilapider son énergie à tourner dans sa tête et dans son lit. -« Tu pourrais te lever et immortaliser le flux de ton âme » qu’elle se dit… continuant de se gratter le nez et de bouger les jambes dans l’espoir qu’elles se calment de leur lourdeur. -« Ah ! Allez, endors-toi !!! » -« Non ! Lève-toi. Qu’importe l’heure, même si la nuit c’est généralement fait pour dormir. Allez profites-en, c’est le temps là ! Tu rêvais d’inspiration et bien elle est venue à toi alors laisse faire tes théories bidons de : « la nuit c’est fait pour dormir » et vas-y, décarcasses-toi. Tu voulais écrire et bien ton subconscient s’est mis en œuvre pour… Allez hop ! Bondit, hors du lit et à ton écran !!! »

Elle se lève, finalement ! Son visage est tout bouffi, comme bouffé par la vie, par la vie des autres surtout. Car elle dit « oui » tout le temps et à tout le monde et que tout le monde lui redemandent tout le temps et sans cesse ses services. « Dépanneuse professionnelle en tous genres » pourrait être indiqué sur sa carte d’affaires, que personne ne s’en plaindrait ! Même pas elle. Surtout pas elle, l’air comprimé dans son sourire forcé, dans ses joues gonflées de panique, Bouffi dit oui tout le temps et à tout le monde.

Vous savez, ces gens qui se laissent picorer vivant par les besoins, crises et sentiments d’autrui… ils ont l’air si prisonniers, comme envahies, accaparée, apeurés par la vie. C’est parce qu’ils passent leur temps à s’occuper du temps des autres. Et qu’ainsi ils se font avaler tout rond par les problèmes, caprices et désirs des autres. Bouffi-Bouffée, c’est ça son problème à elle ! C’est en majeure partie pourquoi elle fait de l’insomnie. Parce qu’elle est trop occupée…, par la vie des autres. Il est vrai que de belles joues saillantes, c’est invitant.

Je vous le dis, Bouffi, bouffée, une proie de choix; comme carcasse au soleil, attendant de ses restes—après le passage des vautours, nombreux qu’ils ont été à tournoyer au dessus d’elle, à se la prendre, la déchiqueter, la déguster- non, pas ça. On n’aurait pas pris le temps de déguster Mme. Bouffi-bouffée. Son visage appelle plutôt à l’engloutissement- engloutir. Voilà qui est mieux. — je disais donc, que c’est ça son problème à elle. Bouffi se laisse littéralement bouffer, comme carcasse au soleil, attendant de ses restes, que les bestioles microscopiques— mais non moins affolantes— viennent l’achever.

Ce n’est pas qu’elle ait pour mission d’être la nourriture d’autrui, la pauvre Bouffi-bouffée. Mais en attendant de retrouver le chemin, SON chemin à elle, plein de promesses et de liberté, Mme Bouffi porte le poids du monde sur son dos, croyant ainsi s’alléger— oui je sais c’est complètement insensé, porter un poids pour s’alléger mais ça, c’est elle !— croyant ainsi s’alléger, dis-je donc, de la culpabilité de n’être rien en ce monde de paraître. Ainsi elle se croit utile et pratique à la vie des autres qui, sans ces incommensurables services rendus à tous et chacun, lui diraient : « Que fais-tu de ta vie Bouffi? Tu es lâche et sans statut. »

Du moins, c’est ce qu’elle croit qu’on lui dirait. Au fond, elle ne le sait pas vraiment ce que les autres pensent d’elle, elle n’a jamais osé demander. N’ose surtout pas alors se mettre en route vers son chemin des promesses. Ayant une trouille monstre et inconsciente, trop profonde pour y voir clair, son visage préfère se taire devant sa grandeur d’âme …préfère se terrer loin des regards inquisiteurs dont elle a peur. Ainsi donc, elle fait comme tout le monde, elle PARAÎT. Tenant son sourire dans ses doigts pour éviter qu’il ne tombe, puis continu de rendre service de toutes les façons possibles, en attendant… En attendant, son visage, bouffi, bouffé par la vie, par la vie des autres, continu de s’affaisser. Bientôt, si elle ne bouge pas de là, de sa carcasse il ne restera que l’empreinte des autres.

Mais c’est ainsi que par cette nuit là d’insomnie, Bouffi fini par se lever, couchant sur papier sa poésie que voici :

Cavalerie attaque !!!

C’est la famine
Tout le monde se rue
Court, se pousse, survit…
Sauvagerie.
Combats nobles d’apparence
Mais dessous indignes et hypocrites :
Bouffe, vin, noblesse, château,
ROI.
ROOOI ?

Votre altesse
Me blesse
De sa paresse
De sa mollesse
De ses bassesses
Looooooongue traînée traîneuse de tissus royaux,
de tissus haineux
Poudre aux yeux !

Fla, fla
Tambours
Trompettes
Combats épiques se poursuivent pour maintenir l’entropie du ROI
T
andis que la famine au village sévit

Le peuple est en souffrance
Et au château, on continu la fête
La fête sombre
C’est la grande noirceur
Qui jette la mort sur le vivant
Elle avance dans la nuit
Dans la nuit noire, et souffle sans vie

Mais une portion, une parcelle
Une parcelle d’étincelle s’anime dans le village pillé
S’élève dans le village souillé
Une étincelle humaine qui grandit
Et déploie ses ailes
C’est le plus jeune du peuple,
l’enfant naturel

La fête triste au château, retenti de plus belle
Pour taire l’étincelle
Mais l’enfant vivant, l’âme du peuple
Prend son épée et se redresse
Pour mener le bon combat
Celui du courage.
Et au bout de lui-même il va
Contre vents et détresses
Contre rois boiteux
Et infâmes malheureux
L’enfant du vent
À la recherche d’une semence d’espoir
Il s’aime et sème la vie sur son passage
Il se nomme SOI

Puis c’est là, juste là, dans cette attention portée sur son tréfonds, que le visage de Bouffi se dégonfla, se décrispa de tous ses tracas. Elle retourna se coucher auprès de l’être aimé, avec ce sentiment profond que tout lui était désormais possible et permis, qu’elle pouvait et devait vivre sa vie comme elle l’entendait, pour ainsi véritablement être utile auprès des autres. Le concert des souris, tout à l’heure ahurissant dans la roue tapageuse, lui paru soudainement doux comme le chant d’une berceuse… au son de laquelle notre héroïne s’endormie.

Karo du 27 mai (heureuse de vous partager cette nouvelle écrite en 2004)
crédit photo: trèfles de ma cour

barbe à papa

Je viens de la commander. J’en ai les papilles toutes suintantes de plaisir. Je la vois qui tourne grâce à la machine à la fabriquer et aussi, grâce à Dame-dans-la-lune. Grâce à Dame-dans-la-lune qui tient un bâton-conique en carton, un bâton conique qu’elle plonge dans ladite machine, le faisant tourner en sens inverse du mécanisme qui prépare la mousse tant convoitée. Et moi, de ma main droite pendante le long de mon corps, je tiens fort les sous qui payeront mon délice. J’ai le menton de mes 8 ans accoté sur le rebord du comptoir et ma bouche, ma bouche comme une machine à fabriquer le fondant délice. Ma bouche qui en effet s’anime et s’ouvre toujours plus grande, au fur et à mesure que le bâton se garni de ma friandise. Moi je ne me rends pas compte que j’ai la bouche grande ouverte; c’est ma maman qui gentiment, le regard moqueur, me prend le creux des joues entre son index et son pouce pour me faire réaliser mon état de transe. Un peu gênée, je referme aussitôt la bouche, le menton toujours solidement appuyé sur le comptoir. Ma main, toute humide à force de serrer les sous : « pour éviter qu’ils ne s’échappent sous le comptoir » m’a dit maman avant de m’en porter garante … Les yeux tout grands tout ronds et qui semblent maintenant remplacer le tic de bouche, je surveille mon profit, fascinée et impatiente. Au bout d’un tout petit moment –qui me paraît pourtant être une éternité tant j’ai soif de ce rose succulent, Dame-dans-la-lune ressort sa main du bidule électrique et me tend… ma barbe-à-papa! Je pose aussitôt l’argent sur le comptoir et m’empresse alors de recevoir le divin bonbon… Dame-dans-la-lune prend l’argent, la glissant du rebord du comptoir à sa main, cela, de façon aussi machinale qu’elle a fait tourner la friandise de mes envies sur le conique bâton en carton. On dirait que la chaleur lui tape sur la tête, ou serait-ce les cris des enfants qui lui donnent mauvaise mine ? Ma maman m’a dit que le salaire de travail d’été était sans doute la source de son état lunatique… Bof, j’ai soulevé alors les épaules dans la nuque pour signifier que je n’avais pas trop compris ce que ça voulait dire – moi du moment que j’avais ma barbe-à-papa en main –puis je me suis retournée, commençant aussitôt à déguster ce fondant presqu’impalpable. C’est un peu comme un orgasme quand j’y pense… vous savez, le genre de truc rare qui, de par sa nature volatile et trop brève, vous fait entrer tout naturellement dans l’art d’être au moment présent. Alors qu’en d’autres temps l’on se bat pour accéder à la plénitude du présent, voilà qu’un orgasme et cette chose-là à vous décrire, la barbe-à-papa, nous y obligent de par leur nature passagère… de par leur nature… que trop passagère… Mais au fond, les voudrait-on vraiment autrement ses instants éphémères ? Faudrait demander à l’insecte qui porte d’ailleurs ce nom… pour voir si sa vie si courte lui fait tant défaut? C’est tellement ça, ne croyiez-vous pas?… Une seconde et c’est fini. Parfois 4 ou 5 secondes à peine et l’orgasme s’achève. Une seconde et la bouchée de barbe-à-papa n’est plus qu’un souvenir, un souvenir sucré sur mon palais et gommant sur mes dix doigts. Mes doigts que je suçote jusqu’à épuisement de ce goût si doux. Et je prends mon temps. Dieu que je prends mon temps. De grâce, je m’applique. Je fais de mon mieux afin de rendre cet éphémère, éternel. C’est ainsi que je me mêle à la foule-foraine, poursuivant la fête des manèges. Le chaud soleil caressant sur mes 8 ans, les gommes à mâcher qui prennent mes chaussures pour un autobus en s’agrippant sous mes semelles, une manne qui vient temporairement se coller à mon délice, les arbres verts-conte-de-fée et les cris d’autres enfants –lointains dans les montagnes russes, tout ça enivre mon cœur d’enfant.
La main de ma mère dans la mienne pour unique et réconfortant repère, me laisse encore un instant bercer mon corps naïf et bienheureux dans cette enfance féconde, me laisse pour un instant encore, croire que cet état de béatitude est éternel… Et il l’est. Car soudain il me semble que le temps s’est arrêté, qu’avec ma barbe-à-papa fondant entre palais et langue, la main de ma mère toujours aussi solide et tendre à la fois dans la mienne …soudain il me semble que tout ces bruits, que toutes ces odeurs et toutes ces couleurs de fête deviennent accessoire à mon plaisir. Des accessoires essentiels et magnifiquement agencés en ce que l’on pourrait appeler : la beauté du monde. Car dans ce paysage de conte de fée, je suis la reine de la foire et tout autour, chante un carrousel d’amour.
Karo du 30 avril (cultivant du mieux qu'elle peut, l'éternel de chaque moment de vie)
crédit photo: souvenir d'enfance.

Jour de la Terre… et de mon Grand-père

Double célébration.
Nouvelle date anniversaire de mon grand-père. 22 avril- déclaré jour de la Terre depuis 1970. Et depuis un an, cette TERRE s’est enrichie de la chair généreuse de mon grand-père. Je dis « chair généreuse » non pas parce qu’il était démesurément gros mon pépère. Mais plutôt parce que de son vivant, il s’est usé la chair, le cœur et l’esprit avec amour, rigueur et énergie sur les pages et les paysages de la vie –bon an, mal an– pour tous ceux qu’il aimait ainsi que pour la TERRE qu’il respectait et vénérait –et dont des parcelles se sont vues -par lui- fertilisées au fil du temps. Tomates par ci, concombre par là… grand framboisier au cœur du jardin… Grand-père était un homme fort, fier et courageux.
Flash back à pareille date l’an passé. Hommage au grand Être qu’était mon grand-papa.
Mon vieil homme préféré, mon grand-papa tout de fer et de fier vêtu, a rendu l’âme vendredi soir. 98 ans. Il était sûrement temps pour lui d’aller rejoindre sa douce Lucie, ma grand-maman, dans l’au-delà. Mais il me faut quand même vivre ma peine ! Les larmes ont coulées, la vie suit son court… et je lui rends hommage à ce grand pilier. Son repos est bien mérité.

98 ans! Ainsi il est drôle de penser qu’un jour mon grand-père a été enfant; le bébé naissant de quelqu’un. Ce quelqu’un dont ni le nom, ni le visage, pas même la pensée ne m’étaient jusqu'ici venu à l’esprit. Car mon grand-père, comme tout être humain est évidemment issu d’une mère et d’un père. Ici, je ne vous apprends rien n’est-ce pas! Mais cela ne m’était jamais venu à l’esprit avant que, récemment, l’on me dise le prénom de sa maman : Camille. Quel joli prénom. C’est grâce à elle et à son époux -qui me sont étrangers mais tout de même- si j’ai eu un grand-père aussi formidable. Et cela m’est important de le reconnaître. Depuis cette prise de conscience, je songe à grand-père en ces temps là et j’essaie de l’imaginer courant dans les champs et jouant avec ses amis, quelque part au début des années 20. Je le devine aussi en train de se faire bercer par Camille, dans un jardin fécond d’amour.

Avant cette fameuse prise de conscience, c’est comme si dans ma tête d’enfant, mon pépère adoré avait toujours eu le même âge; 70 ans tout au plus, lui donnait-ton d’ailleurs encore quelques mois avant sa mort. Pour moi, c’est donc comme s’il avait toujours eu ce même visage de vieil homme fort. Quelques rides venaient certes s’ajouter année après année, ainsi que la faiblesse de son corps face à l’inévitable de la nature, mais sans plus. Mon grand-père n’allait jamais mourir.

En cachette, je l’ai pourtant souhaité afin qu’il ne souffre plus. Cet homme qui jadis a bâti des églises, debout grand comme le clocher –sans vertige! Cet homme qui autrefois pouvait marcher des heures durant… cet homme qui a tant vu et bu de ce monde et surtout, cet homme qui m’a appris la vie à travers sa philosophie et son discours… son discours toujours optimiste et juste assez cynique… envers la politique… Sa philosophie, …qu’elle était donc belle et pleine de sagesse! Voilà qui explique entre autre pourquoi il aura vécu si longtemps et en santé; car il aura su s’adapter aux nombreuses et rapides évolutions de notre ère.

Né en 1907 et mort en 2005… il se sera adapté plus d’une fois aux inventions et folies de la modernité. Jusqu'au bout il aura refusé de se plaindre. Les jambes affaiblies, meurtries, lui qui aimait tant marcher… ces derniers temps, il en était pourtant réduit à rouler –dans sa Cadillac, prénom affectueux qu’il avait trouvé pour mieux se faire à l’idée qu’il avait désormais besoin d’une chaise roulante– et toujours sans plaintes il était.

Ces dernières années, trop de fois on l’a déclaré pratiquement mort. Chaque fois me venait alors une poussée d’eczéma ou une folle crise d’angoisse. Et toutes les fois, lui, il ressuscitait des morts, nous revenant après un vif combat, branché sur des machines; nous revenant avec une blague encore plus savoureuse que celle d’avant sa simili-mort. Le cœur vieilli certes, plus lent et parfois off tempo, mais toujours aussi passionné que son vieux cœur d’or. Sa voix elle, plus éraillée, toujours prête à chanter.

Mon grand-papa à moi, le plus grand, le plus beau et le plus fort hier est mort. La nature a repris celui qu’elle avait engendré, Alcide. Alcide le jardinier hors pair, Alcide l’imprévisible sourcier, Alcide le joueur de patience; le dompteur d’amer solitude de vieillards, Alcide le moqueur au cœur tendre –moqueur et tendre comme la chanson douce de son nom à mes oreilles – Alcide Latendresse. Et si je vous disais qu’au nombre des enfants qu’il a crée de sa fusion amoureuse avec ma grand-mère, il en a vu naître 7 qu’il alla chaque fois enterrer quelques heures après leur naissance. Des bébés qui ne survivaient pas à la lumière.

En écrivant ces quelques lignes, je réalise le courage des gens de ce temps. J’apprends la leçon, bien grande et sur laquelle je médite. Mes grands-parents finirent par adopter ma mère dont la génitrice venait de mourir après lui avoir donné naissance. Puis ma grand-maman, après ces 7 naissances traumatiques, découvre qu’elle est encore enceinte. Elle s'accroche, l'enfant aussi. C’est alors que ma marraine voit le jour et qu’elle survit. La lumière lui va à ravir et fait briller sa rousse chevelure. Cette fois ça y était.

Cette brève parenthèse à mon hommage m’amène à réfléchir … Je ne peux aujourd’hui m’imaginer vivre cette réalité de l’époque où la médecine n’était pas évoluée comme aujourd’hui. Ma grand-mère devait être sûrement triste à mourir… Mon grand-père pour sa part, de ses propres mains enterra chacun de ses enfants. Allant jusqu’à creuser lui même la terre, offrant à Dame nature son inanimée, toute petite et frêle progéniture. 7 fois de suite. Ouf! Malgré ces rudes épreuves, Alcide n’a jamais fermé son cœur à la vie.
Mort le 22 avril 2005, ca aurait fait un an en mai que je ne suis pas passée pour le visiter à sa maison de retraite. Ma tendance serait à la culpabilité. Mais à vrai dire, je ne savais plus être là. J’admets ici bien humblement ma condition d’être humain. J’aurais pourtant voulu le prendre dans mes bras une dernière fois dans cette vie-ci. Juste une dernière fois; caresser son vieux front de bœuf, solide et moqueur… son front dont la tempe droite avait des rides bien particulières et qui formaient un joli quadrillé. Une dernière fois prendre sa main dont deux doigts sont soudés depuis toujours il me semble, par un nerf coincé; sa marque de commerce. Juste une dernière fois, l’entendre rire fièrement après avoir fait une blague à mon père ou à parrain…Juste une dernière fois, égoïstement l’aimer.

Mon grand-père est mort au jour déclaré officiellement « le jour de la Terre ». Hasard, coïncidence ou sagesse divine qui en a décidé ainsi? Une chose est certaine, ça ne pouvait pas mieux être comme nouveau jour pour célébrer mon grand-papa, se souvenir de lui et puis remercier la vie de son passage parmi nous. Grand-Papa de la nature. Il repose en paix auprès des siens dans un cimetière de Joliette –ce que les fleurs et les framboises doivent pousser dans ce coin là!

Bonne journée de la TERRE à tous.

Karo du 22 avril avec tout mon respect et mon amour pour le vieux sage.
Krédit: photo familiale d'antan

Pour OO

Jann nous a reçues… Par un beau soir d’hiver atrocement vantard. Oui oui, vous avez bien lu, un vent vantard. Un vent qui se vantait terriblement de sa toute-puissance glaciale sur nos petits corps frêles. Lann et moi n’avions que 30 pieds à faire seulement, de la voiture à la maison. Je n’avais donc pas pris le temps d’enfiler mes gants puisque la distance de marche me semblait si courte… Relatif! Que mon calcul était donc relatif! C’est pourquoi je me souviens encore de la force brutale du vent… car deux secondes ont suffit à m’en brûler les mains. Pauvres petites mains! Lann, je t'entend encore rire de moi à gorge déployée… coquine va!

J’arrivai donc avec ma grande Lann préférée, une FLEUR jaune à la main, pour mon hôtesse de l’heure, Jann, souriante et heureuse. Déjà se pointait dans l’entrée, la pétillante M-J. Et on pouvait apercevoir un peu plus haut, une fois les yeux passés le hall, l’élégante Sophia. Câlins-câlins et retrouvailles, comme si l’on ne s’était jamais quittées… Comme si hier on s’était vu. Pour certaines, c’est en quelque sorte vrai, car elles poursuivent ensemble leur formation. Mais pour d’autres qui ne s’étaient pas revues depuis juillet 2005, c’était tout comme si on y était hier… Il y avait beaucoup de frénésie et de joie enfantine dans l’air. Des rires, des regards tantôt espiègles, tantôt profonds, des sautillements de cœurs en émoi… de la joie, quoi ma foi!

De la joie à se retrouver toutes… comme au dortoir. Des gamines trop longtemps sevrées de cette drogue naturelle et donc, désormais plus que jamais, en quête de cet espace relationnel! Jann nous a fait visiter sa belle et grande demeure, en attendant Mich-L. Mais c’est qu’elle a un beau bureau pour recevoir ses clients la Jann. Un beau bureau avec une grande fenêtre. Une grande fenêtre pour permettre à ses clients -effrayés par la thérapie- une évasion fictive et dans l’imaginaire. POuahahahhahA. Puis nous avons appris que Mich-L ne viendrait pas à la réunion de dortoir, … trop épuisée, ce jour-là.

Au menu : fourrage de rouleaux de printemps –activité de groupe. Notre hôtesse avait préparé ce délicieux mets autour duquel nous sommes parvenues aisément à faire quelques croustillants gags à saveur… phallique. Puis un premier verre est levé, à la santé de toutes et chacune. Aussitôt, un deuxième verre se lève à son tour, pressé de clamer son affection pour les deux absentes; O.O et Mich-L. Car elles n’y sont peut-être pas physiquement, mais dans nos cœurs, elles ont une place de choix en ce soir de retrouvailles. Une place de choix dans nos cœurs et dans nos souvenirs… dans nos souvenirs comiques et frissonnants qui refont surface tandis que nous dégustons nos rouleaux phalliques : party de soie dentaire orchestré par nulle autre que MOI, à minuit sonnant; et, petit mulot nocturne qui vient réveiller la belle OO… Voilà deux souvenirs bien vivants que nous aimons nous remémorer jusque dans les plus rigolos détails. Ainsi toute la soirée nous papotons… passant de conversations légères à d’autres plus intimes, de confession en confession,… nous nous retrouvons.

La table abonde de victuailles préparées ou choisies par l’une ou l’autre d’entre nous toutes -lann, jann, line, M-J et la grande Sophia. Des chandelles donnent à la salle à manger, des airs de fête médiévale. La musique pour sa part, rythme les échanges, toute la soirée durant. C’est la chaleur, c’est le bonheur! On parle de la première expérience de thérapeute de chacune des trois thérapeutes en devenir. Puis ensemble nous dédramatisons ce qui fut pour elles toutes, une première expérience plutôt pénible. Très sensible à ce qu’elles peuvent vivre dans cette intense année de formation, je suis soudainement émue et heureuse de les voir se laisser aller dans le rire à propos d’expériences qui, de prime à bord, les ont troublées. Je vois en cela beaucoup de sagesse et d’accueil de soi.

M-J. nous quitte. Sa petite gardienne l’attend. Sophia Lann, Jann et moi passons maintenant au salon, histoire de rattraper le temps passé sans se voir… c’est l’heure des duos partagés; 10 minutes à toi et j’écoute sans broncher, quand ce sera mon tour, le chrono me l’indiquera. Pouahahah c’est une blague. Nous avons certes jasé en duos –Jann et moi, Lann et Sophia… dans l’écoute et le respect de chacune… mais pas avec un chronomètre quand même! Nous avons évolué depuis l’an passé.

Il est minuit. Déjà! Zut! Que le temps passe vite. Nous devons partir avant que notre super bolide ne se transforme en citrouille. Avec cette température qui frôle les -20 degrés, son facteur vent qui fouette la peau ainsi que le sol, glacé, Lann et moi n’avons pas du tout envie de repartir en citrouille. Allez ouste! bisous-câlins et merci Jann. Merci de ton initiative et de ton hospitalité, dans ta belle et grande demeure à l’image du grand ARBRE que tu es; chaleureux et réconfortant. Aux prochaines retrouvailles… avec tout le dortoir cette fois j’espère… et tandis que j’y pense… pourquoi pas en pyjama ? un pyjama party… avec pour dernière activité du soir; un brossage de dent en groupe. Nous referons le monde… Jouant de notre folle nature… vive, profonde… simplement, sincèrement… se laissant aller une fois encore, à la dolce Vita au cœur d’une authenticité réconfortante!

Karo du 1e mars (qui émerge de deux jours de fatigue intense)