À mes anges humains…
Today, je me retrouve devant la page blanche. La fameuse page blanche. Comme la neige que je vois tomber de mon refuge à St-Zotique by the beach. Aujourd’hui, ne subsiste en effet que la neige. Pas d’horizon. Le lac est à néant. Tout est blanc, pur, vierge… et donc possible ? Pourtant, mon cœur est agité. Encore une fois, la seule solution saine qui existe est la suivante : m’arrêter, ressentir, accueillir. Mais je n’ai qu’une envie, fuir. Me fuir.

Je me suis questionnée avant d’écrire ce billet. Car bien que j’aie toujours exprimé de façon authentique mes états d’âme sur les Carolinades, je ne me suis jamais donné pour mandat de détailler ma vie privée. Plusieurs blogueurs le font et c’est ok, perso, je préfère conserver secrète une large part de mon jardin intime. C’est une forme de pudeur qui me va bien. Parlant de bien, je ne vais pas très bien en ce moment. Et, j’ai justement besoin d’exister entièrement dans tout ça. Vous n’aurez pas de détails hollywoodiens, mais la simple expression de mon cœur, de mon âme. Il s’agit ici d’un acte de foi et d’amour envers la Vie, donc envers moi puisque j’en fais partie. Si je choisis de me révéler publiquement dans ce chapitre crisssssment difficile, c’est que l’artiste en moi y perçoit une nécessité. Exprimer mes jours de pluie au grand jour, comme je partage mes rayons de soleil depuis plus de 3 ans via les Carolinades… cela dans l’humble but d’avancer. Si ça peut aider d’autres dans leur cheminement, tant mieux.

Je me souviens de 2006, surtout de la fin. Novembre, décembre de cette année-là se terminait pour moi de façon très douloureuse. Début 2009 semble vouloir rivaliser avec cette période que j'aurais espéré loin derrière. Mais depuis maintenant 2 mois (l’année a débuté en queue de poisson –yes on est dans la marde ! comme dirait Morency ! espérons qu'il poussera des ailerons, nageoires, un corps et une tête à cette queue de poisson !), je vis des down tellement profonds que je me demande si ce baril de merde a un fond. De l’angoisse comme je n’en avais pas ressenti depuis la jeune vingtaine. Des vagues de chaleur du plexus au cœur, du cœur à la tête, de la tête au dos, du dos au plexus, alouette gentil alouette ! Je rassure ceux qui doivent l’être, je n’ai pas de tendances suicidaires. Toutefois, l’état dans lequel je suis, c’est comme la mort dans l’âme. Je n’ai plus le goût de rien, ou presque. (Ceux qui n’ont jamais ressenti ces états-là doivent penser que je me pose en victime. Mais il n’en est rien et je précise, ce n’est pas la tragédienne grecque qui parle ici, mais bien la femme lucide, à nouveau en transformation intérieure).

Ce passage est d’autant plus douloureux, car je sais combien j’aime la vie et combien j’apprécie la beauté de la nature, combien je suis capable de l’embrasser à chaque seconde cette nature divine : un oiseau qui chante dans mon jardin et j'en suis profondément émue; un insecte, voire même une colonie dans la maison, j'en suis l'observatrice émerveillée; un caillou différent parmi la bande de mignons cailloux et je craque de plaisir; les arbres, les arbres, les arbres; un enfant qui se raconte, tout y est; le soleil levant, couchant, pétillant, la lune ronde ou partielle, je voudrais m'en faire de la confiture (comme dirait D.); les talents culinaires de papa, mes papilles s'en réjouissent ardemment; les clins d’œil de la vie sous des airs de rien du tout; une bonne tune à la radio et je danse dans mon char; le café que l’amoureux me prépare le matin, j'ai un sourire divin dans le ventre; le printemps, l’hiver, même rude, l'automne, l'été; une amie dans la détresse et que je peux consoler; les discussions philosophiques au bord d’un champ d’étoiles d’août, la pluie, la pluie, la pluie, l'odeur du gingembre sur mes doigts lorsque je le coupe, etc. J’aime tout cela et bien plus encore.

Mais depuis le 31 décembre dernier, ça m'est difficile d'embrasser les beautés et bontés du monde. J’ai le cœur déchiré et ne sais comment le recoudre. Aussi, est-ce vraiment le temps de recoudre ? Puis à bien y penser, un cœur ça ne se recoud pas, ça se nourrit. Heureusement, depuis quelques jours je reprends, lentement mais sûrement, un certain goût pour la vie. C’est d’ailleurs de là que je puise mon énergie pour écrire ce billet - profond avec une touche d’humour. Ce qui me fait grand bien. Sinon, je me perds en voulant me dépêcher à vivre le deuil (ce qui revient à de la fuite en avant), je me perds en voulant me montrer forte (dans le sens où la société l’entends, action, compétition et performance, les qualités masculines tant vénérées au détriment du vital équilibre entre le yin et le yang).
Ainsi je me sens depuis le début de l'année (sauf quelques instants de grâce dont mon passage au café Chez Judith) : peu d’estime de moi, tristesse, colère, dépassée, perdue… perdue. Comme une fillette seule dans la forêt, qui attend que le grand méchant loup vienne la bouffer qu’on en finisse. Pas vrai, je n’attends pas le loup, sauf si c’est Wolverine, là je veux bien qu’il me croque. Qui sait, j’attends peut-être la fée marraine qui d’un coup de baguette magique viendrait tout régler ? C'est quand même incroyable, la fragilité qu'on ressent parfois. Après tout ce que j'ai vécu et réalisé/partagé de beau, de noble, de grand… En voyant une entrevue avec Ariane Moffat un peu plus tôt aujourd'hui, je me réconcilie un brin avec mon passage à vide/vif. Je me dis, voilà là une autre artiste pétillante, généreuse, offerte et qui pourtant, dans les coulisses de son sourire (sincère), traverse des zones de turbulence et de profondes remises en question. Moment obligé qui, s'il est utilisé à bon escient, est la promesse d'un lendemain empreint de vraie liberté. That i know ! N'empêche … elle est où la fée marraine ?

La route est longue et demande que je sois patience et douce envers moi. Encore ! Putain, ça ne finit donc jamais ! Ma tendance serait à l’autodestruction. Les mécanismes de défense sont encore si présents. Ma peuplade primitive intérieure si envahissante. Je les vois, avec leurs longs cheveux emmêlés, la barbe-à-ri épaisse, l’incisive droite manquante dans ce sourire niais révolu, peuplade primitive de peu de ressources avec la massue à la main et qui hurle en chœur « coupable, vous êtes coupable de souffrir et de ne pas pouvoir trouver de solution immédiate. Coupable d’être dans la précarité, avec le sentiment de rien devant vous. Coupable d’une nouvelle phase d’évolution ». Car, n’y a-t-il rien de plus insécurisant et menaçant pour l’ego humain que de se sentir vide sur le grand tremplin de Monsieur l'Inconnu !
Fort heureusement, mon âme assiège bien. L’ennemi ne l’emportera pas au paradis. L’effort quotidien à faire pour me maintenir dans l’ici et maintenant et les possibles demain, est monstre. Mais je fais ce qu’il faut, trop lucide pour choisir de geler mon mal par une quelconque solution artificielle. Car que fait généralement l’humain lorsqu’il est blessé ? Il se coupe de sa souffrance par les multiples moyens à sa portée. Et le di’yable sait que ce ne sont pas les moyens qui manquent pour se geler la face : s’étourdir dans les bars, l’alcool, les drogues, le magasinage compulsif, la boulimie, le casino, fuite en avant dans le sport ou le travail à excès, n’importe quoi pour ne pas ressentir la panique et le mal !

Et bien moi je n’y arrive pas. J’ai pourtant fait la liste des compulsions, afin de voir laquelle ou lesquelles me colleraient le mieux à la peau… et pouvez-vous croire, je n’y arrive tout simplement pas. Incapable de me saouler pour oublier, non plus de baiser plein de mecs pour rassasier ma soif d’amour ou de sexe et flâner sur facebook, msn et cie., encore moins. J’ai mon mal en face de moi, je le regarde, il me regarde. Il y a duel, combat, résistance, recherche, tiraillement, angoisses profondes, relâchements temporaires, efforts de marche UN PAS À LA "FOI", de lecture, d’écriture, d’exercice, d’amour, d’expression, effort de pardon… par-don.
Ma sorcière bien-aimée, F., me dit de ne plus faire aucun effort et d’être la simple et douce témoin de ma souffrance, qu’ainsi, elle ne m’envahira pas. En effet, qu’y a-t-il de mieux à faire, sinon m’accueillir dans cet état d’extrême vulnérabilité. Pas aussi facile à faire qu’à écrire. Pourtant, j’arrive à choisir cette voie. Même si je voudrais en finir au plus vite avec cette blessure. Je sais trop que les compulsions ne feraient que retarder l’inévitable. Je dis "l’inévitable" puisque nous traversons tous, tôt ou tard, de ces phases-là. Et trois, quatre fois plutôt qu’une. Ça fait partie de la vie. Mais tout autour est tellement organisé pour nous empêcher de grandir (les mutations professionnelles sont monnaie courante… mais celles de l'âme?), que ça devient très difficile d’y aller, là, dans cette chrysalide nécessaire. Aux yeux de la société, je ne suis sûrement pas grand-chose en ce moment. Surtout qu’en tant qu’artiste libre et rebelle dans l’âme, je n’ai aucune aide gouverne-mentale. Et puis après !

Face à cette nouvelle éruption volcanique qui jaillit de mes profondeurs, je rends grâce à la vie pour la chance que j’ai de me retrouver dans un havre de paix. Une maison de silence à haute fréquence vibratoire. Et quand je dis « havre », y’a déjà quelques amis qui sont venus me visiter et qui peuvent en témoigner. Location de rêve, le temps que ses chouettes propriétaires (que je salue d'ailleurs) sont en voyage. Je mange un brin, même si je n’ai pas faim. Je fais un peu de yoga, même si je n’ai qu’une envie, m’écraser et attendre le messie, je ramasse la maison quotidiennement, je réfléchis, je pleure, je comprends, j’approfondis, je pleure, je comprends, je réfléchis, je fais du hamac-cocon, je danse, je chante, re-pleure… et surtout, j’accepte l’aide des gens qui m’entourent.
Avec ma profonde re-co-naissance envers les ANGES-HUMAINS qui m’accompagnent depuis mon retour au pays. Je ne les nommerai pas de peur d’en oublier. Mais je les remercie profondément. L’amour que je reçois d’eux, même en temps de guerre intérieure, est extraordinaire. Vraiment. Le plus touchant et merveilleux est que ces anges-humains qui m’accueillent dans tous mes états, persistent et signent : « Karo, tu me fais du bien. J’aime passer du temps avec toi. » J’arrive à faire du bien aux autres, même quand je souffre. Qu’est-ce que ça doit être alors quand je suis en pleine forme ?! Pouahahaha… Un soleil extrême. Oui je sais. On me l’a déjà dit. Un soleil si chaud que ça fait parfois même peur quand on s’en approche trop et qu’on n’a pas encore reconnu sa propre part de lumière (ou d’ombre ? ce qui revient au même).

Oui, depuis quelques jours je reprends, lentement mais sûrement, un certain goût pour la vie. Et ce n’est pas trop tôt. On dirait bien que le baril de merde a un fond finalement. Je peux donc, au bout de presque 2 mois, remonter vers la lumière. Que ma peuplade primitive se tienne tranquille car envers et contre tous, révolus personnages, je choisis le plaisir et les activités qui me mettent en joie.
D. me rappelle à l’ordre : « Dieu t’aime Caroline, Dieu t’aime. » D., si loin en France mais encore si près dans mon cœur et mon esprit.

Parlant de la France… mon état actuel n'est pas étranger à mon long séjour là-bas… Comment rentrer chez soi après 2 ans de voyage et faire comme avant ? après tant d'expériences d'ouverture sur le monde et la vie, on ne revient jamais comme avant. Je le sais. Faut juste que je prenne le temps … temps de réapprivoiser le Québec, l'hiver, temps que je panse les blessures d'amour et que je réinvente l'amour. Temps que je me dépose, que je fasse le point, afin de mieux repartir sur d'essentiels projets, de ceux qui engraissent le coeur et l'esprit. Mais maudit que c'est difficile de s'arrêter et de s'aimer dans ce temps d'arrêt.
Depuis que je suis rentrée en novembre dernier, les gens me disent combien je suis choyée d'avoir fait un tel voyage. Combien aussi j'ai du courage et de l'audace. Je les écoute toujours sans trop être capable d'en prendre la mesure. Mais hier, tandis que je regardais les milliers de photos (et j'exagère à peine) de ma dernière année en France, je réalisais tout le chemin parcouru. Je reste étonnée de tout ce que j'ai accompli ces 2 dernières années. J'en prends conscience et je comprends ainsi mieux les dires du monde. Ben oui, quelle belle audace et quel privilège d'avoir pu vivre tout cela ! Il m'en a fallu du courage, du lâcher prise et de la "foi" active. Comme dirait mon ami breton Dan (sur la photo juste au dessus) "prends le temps de dédicacer ton bonheur Caroline". Je crois que le présent texte m'aide justement à prendre le temps de dédicacer toutes ces merveilles vécues.
Voilà qui me donne un nouvel élan pour la sweet du monde et l'écriture en beauté du prochain chapitre de ma vie.

Je savais qu'il fallait que j'écrive ce billet. Merci la vie.
Alléluïa !
Chers anges-humains… du fond du coeur, merci d'être là ! Extraordinaires, avec vos mots, vos rires, vos p'tits plats, vos dons, vos réflexions… vos oreilles… votre joie, votre soutien…
Karo du 26 février qui reprend du poil de la bête !
Crédit photos : Karo et Françoise Thailardat