Le point de vue d'une québécoise sur le débat des chefs; présidentielles françaises 2007.
Je dois me calmer si je veux pouvoir aller dormir. Presqu’une heure du mat. Je viens d’écouter le débat Sarcozy/Royal. Ségolène éveille en moi la fibre politique, sinon celle de l’espoir de vivre dans un monde meilleur. De voir briller ainsi une femme dans les hautes sphères de la société inspire à canaliser et à cultiver soi-même ses qualités et valeurs d’intégrité, d’humanité, de créativité et d’action sociale.
C’est tellement inspirant de voir une femme faire de la politique "en femme" et se tenir debout devant un adversaire qui joue le jeu du gentillet pour casser son image de démago le temps d’un dernier débat avant le scrutin du 2e tour.
Je suis toujours épatée et perplexe face aux gens qui critiquent l’agressivité comme n’étant qu’une émotion négative. Peut-être devraient-ils regarder ce qu’ils font de leur propre énergie de colère et d’agressivité lorsqu’elle monte en eux ? Enfin. Ainsi, certains disent que Ségolène Royal était agressive, qu’elle s’énervait, qu’elle a tenu des propos méprisants lors de ce débat. Dites-moi, sommes-nous encore à ce point pris dans l’ère glaciale de l’homme de néant-dertal qui veut à tout prix sauver son cortex primitif ?!
Oui, Royal, c’était du grand art hier soir ! Elle a attaqué de façon impressionnante et inspirante monsieur Sarkozy, non pas personnellement, mais bien sur ses actes passés, et c’est en ce sens qu’elle lui a demandé de rendre ses comptes, en ce sens qu’elle n’a pas cédé au chantage émotif du prétendu ‘seul homme’ de la situation. Personnellement, j’ai adoré la colère de Ségolène Royal et toute la congruence qu’il y avait en elle, tête et cœur, du début à la fin de ce débat.
Sarkozy a pour sa part fait plusieurs tentatives de sarcasme, lorsqu’il n'essayait pas de déformer les propos de Royal … Ça en devenait pathétique et je le cite de mémoire : « je ne connais peut-être pas le dossier mais je suis cohérent », « je ferai même pire», lui lance t-il par ailleurs alors qu’elle s’exprime sur un dossier où il a mal agit… – oups ! lapsus monsieur Nico ?… Et quant vient le temps de parler d’un enjeu des plus majeurs il y va en ces termes on ne peut plus cavaliers : « ah oui, la fameuse histoire du réchauffement planétaire ! » Cela se passe de tout commentaire !
Royal a mené le débat avec brio. Le non-verbal de Sarko était hurlant de vérité. Très vite dans le débat, sentant qu’il perdait des points, il s’est tourné vers les animateurs, ne regardant que très peu Ségolène. Tandis qu’elle est restée haute, fière, grande, lui se rentrait de plus en plus la tête dans les épaules, tentant de trouver refuge dans les yeux de l’animateur mâle, Patrick Poivre d’Arvor, l’interpellant même directement et du fait, oubliant qu’Arlette Chabot animait au même titre que Poivre d’Arvor, ce plateau de télé. On nage en plein inconscient et c’est fascinant de voir parler le non-verbal de la sorte.
La colère de Ségolène Royal était des plus légitimes, saines et assumées. Nicolas Sarkozy a bien tenté de détourner le propos en dénigrant cette colère pourtant justifiée. Ce qui m’attriste le plus, ce sont les femmes qui reprocheront à Ségolène cette colère. À elles, j’ai envie de dire : réveillez-vous mesdames. Réveillez-vous car il y a encore à faire pour bâtir une France de justice et d’égalité. Dans un tel contexte, s’insurger comme elle le fait se voit essentiel et noble.
Parenthèse : Je ne suis pas en train de dire que les femmes sont meilleures que les hommes et ceux qui me connaissent savent très bien à quel point je suis aussi inspirée par bon nombre d’hommes tant en politique, que dans les arts, la philosophie et la spiritualité. Mais je reste persuadée que plusieurs sont contre Ségolène et ses idées parce qu’elle est une femme. Mettons le même programme, venant du même parti dans la bouche d’un homme, et faites vos jeux!
Retour à la belle colère… et pour ceux qui n’ont pas suivi le débat, Monsieur Sarkozy amenait comme une grande idée le fait que les familles d’enfants handicapés, et les autres, pourront, au bout de 5 ans d’effort, aller en justice si leur enfant est refusé à l’école publique. Ce à quoi madame Royal a répliqué qu’il n’était pas sérieux. Et lorsqu’elle a vu qu’il persistait dans cette idée farfelue, elle lui a relevé de majeures incohérences de son récent passé d’homme politique sur ce dossier où elle-même avait travaillé à mettre en œuvre un programme d’aide aux handicapés. Programme qui avait été détruit par le gouvernement auquel appartenait Sarkozy. Je me demande lequel des deux est vraiment le plus pragmatique ? On voudrait que ce soit monsieur et pourtant, sur un dossier aussi crucial, il propose aux parents d’aller se battre en justice. Comme si vivre avec un enfant handicapé ne comportait pas en soi assez de batailles. Puis Ségolène n’a pas eu peur de dire que Sarko faisait dans l’immoralité politique. Si ça ce n’est pas défendre des idées, je ne sais plus comment je m’appelle !
Ici comme au Québec, il y a des clowns en politique… des clowns qui font des promesses à partir de leur ego gonflé à bloc. Des clowns qui brassent de vieilles idées de façon toute aussi usée que les idées elles-mêmes. J’ai aimé le fait que Ségolène aille au-delà du « politically correct » pour parler des vrais enjeux. Elle est dans la réalité cette femme, terre à terre. Bien qu’on lui reproche de ne pas avoir de réponses toutes faites… c’est une femme du terrain et ça se sent. Voyez son parcours de femme d’action.
D’ailleurs, je suis étonnée de constater que plusieurs ont peur des idées « floues » de Ségolène sans pour autant s’effrayer des idées de « fou » de Sarkozy.
Bien sûr des objectifs, des chiffres, du pragmatisme il en faut. Mais il n’y a pas qu’une seule façon de bien diriger un pays. Seulement je crois qu’il faut faire confiance un peu plus en la vie et la part d’inconnu en toutes choses sans quoi l’on s’enferme dans des politiques stagnantes et si désuètes que tout le monde finit par s’endormir et laisser passer les aberrations les plus monstrueuses. Ainsi on s’enlise dans la bureaucratie tandis que le peuple s’affame, se violente, s’appauvrit…
Certains trouvent que Ségolène Royale n’a pas qualité d’oratrice, et qu’à la longue elle devient monotone. Je puis vous dire qu’hier, elle a prouvé tout le contraire. Vivante, lumineuse. Depuis le début de la campagne (du moins depuis que j’ai commencé à m’y intéresser) c’est ce que je perçois chez cette femme. Mais je conçois que cela puisse faire peur à bien des gens, habitués à des promesses sans fond, sans âme mais qui au moins ont le mérite de rassurer le primitif terrorisé en chacun de nous.
J’aimerais que l’inconscient collectif parvienne à s’élever au-dessus de tout ça. Je me demande bien ce que retiendront les français de ce débat? Que Ségolène était agressive ? Qu’elle a osé contredire Sarkozy ouououououh scandale, une femme qui ose être forte, intense, intègre, intelligente, courageuse et belle en plus outch ça fait mal à l’ego ça ! Une femme avec autant d’assurance doit en effet menacer l’ego primitif de certains qui y sont strictement pour leur pouvoir personnel.
Je me souviens alors que j’étais metteure en scène d’une troupe adulte amateur, certains hommes avaient du mal avec mon style de leadership car je n’avais pas toujours réponse à tout, sachant cependant pertinemment où je m’en allais, consciente d'un mandat précis à remplir, sachant quelles étapes aborder et dans quel ordre, confiante, enfin, en ma capacité d'aller jusqu'au bout avec efficacité.
Vraiment, je suis impressionnée, touchée et inspirée par cette grande dame. Bien sûr, elle n’est pas parfaite, personne ne l’est. Et si elle est élue, comme tous les autres elle aura à mettre en action ses paroles et promesses. Mais déjà, je puis vous dire que dans le paysage politique, c’est rafraîchissant d’entendre et recevoir autre chose que des discours précuits et des promesses toutes faites…
À gauche on la proclame grande gagnante du débat, à droite, on le dit lui, vainqueur. Évidemment, si la stratégie de Sarko était de faire le doux, le trop courtois et poli, on peut dire qu’il y ait parvenu. Mais peut-on vraiment appeler ça une victoire ? Chassez le naturel et il reviendra au démago …
Il y a en effet longtemps que je n’avais pas senti en moi une telle ferveur politique. Au Québec, la dernière fois que j’étais « autant dedans », comme l’amateur de hockey devant un match final de coupe Stanley, c’était en 1995 lors du référendum pour un Québec souverain. Avant ça… trop jeune (René Lévesque j’ai pu vraiment l’apprécier rétroactivement en visionnant des documentaires). Après… c’est vague. Il y a bien Gilles Duceppe qui m’inspire, Jack Laton ainsi que Bernard Lord d'une province voisine… mais aucun depuis René Lévesque, homme ou femme, ne m’a tant inspirée en politique.
Bref. Difficile de résumer sa pensée à chaud comme ça. Si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez lire d’autres propos, le web s’en inonde. De façon générale, je trouve que l’article ci-lié exprime bien la façon dont moi-même j’ai perçu le débat d’hier soir.
Karo du 3 mai, à fond dans les élections françaises !